Connect with us

Énergie & Recharge

L’Asie, futur leader de l’aviation durable : un secteur en pleine évolution

Published

on

L'Asie, futur leader de l'aviation durable : un secteur en pleine évolution

L’aviation face au défi écologique : l’Asie prend les commandes du carburant durable

Le secteur aérien, responsable de 2,5% des émissions mondiales de CO₂ et contribuant à environ 5% du réchauffement climatique global, cherche activement sa voie vers la décarbonation. Après des années d’inaction relative, l’industrie aéronautique s’engage désormais dans sa propre « révolution verte ». Des initiatives novatrices émergent partout dans le monde : programmes d’aéronefs expérimentaux soutenus par la NASA, apparition de nouveaux acteurs comme Boom Supersonic ou H2Fly, et même des avancées concrètes en Nouvelle-Zélande où des appareils électriques sillonnent déjà le ciel.

Toutefois, ces innovations demeurent limitées face au kérosène traditionnel pour les vols long-courriers. C’est précisément sur ce terrain que les nations asiatiques déploient leur stratégie, en développant massivement la production de carburants d’aviation durables (SAF). L’objectif est clair : détrôner l’Europe de sa position dominante dans la course à la décarbonation aérienne.

Singapour : l’épicentre asiatique du carburant durable

Dans le quartier industriel de Tuas, à l’ouest de Singapour, se dresse la raffinerie de SAF la plus imposante de la planète. Gérée par le conglomérat finlandais Neste, cette installation construite initialement en 2010 a bénéficié d’une injection massive de 1,9 milliard de dollars en 2019, lui permettant de produire des volumes considérables de carburant durable depuis 2023. Ces biocarburants, élaborés principalement à partir de résidus organiques comme les huiles alimentaires usagées et les graisses animales, sont destinés à alimenter les avions commerciaux. Les technologies alternatives comme l’hydrogène ou l’électrique ne figurent pas dans les priorités immédiates de ce site.

Actuellement, l’installation génère déjà un million de tonnes annuelles de SAF. Si la majorité de cette production est aujourd’hui acheminée vers les marchés européens et australiens, cette orientation pourrait bientôt s’inverser au profit d’une utilisation régionale. Selon Mario Mifsud, dirigeant chez Neste, le continent asiatique représente maintenant la « nouvelle frontière stratégique » du secteur.

à lire également :  Batteries solaires : Stockez l'énergie pour votre VE

En novembre dernier, Singapour a instauré une réglementation novatrice : dès cette année, 1% du carburant utilisé dans ses plateformes aéroportuaires de Changi et Seletar devra obligatoirement être du SAF. En établissant cette obligation réglementaire, la cité-État génère une demande garantie : les transporteurs aériens sont désormais contraints d’acquérir du SAF pour maintenir leurs opérations dans ces hubs.

Le SAF étant actuellement jusqu’à cinq fois plus onéreux que le kérosène conventionnel, aucune compagnie n’aurait spontanément opté pour cette solution sans contrainte légale. Grâce à ce quota obligatoire, Singapour a créé artificiellement un marché qui n’existait pas auparavant.

Pour les industriels comme Neste, cette réglementation représente une garantie commerciale idéale. Cette législation leur assure un bassin d’acheteurs permanent, indépendamment des fluctuations économiques. C’est précisément cette sécurité juridique qui permet de justifier auprès des financiers et investisseurs les colossaux investissements nécessaires au développement de cette filière émergente.

Pour Mario Mifsud, ce n’est que le commencement : « Le seuil initial de 1% peut sembler modeste, mais il amorce une dynamique irréversible… Les nations voisines observent attentivement et suivront inévitablement cette voie », affirme-t-il. D’ici 2030, cette proportion sera portée à 5% pour satisfaire aux standards de l’Organisation de l’aviation civile internationale.

Une réaction en chaîne déjà enclenchée

L’initiative singapourienne a déjà provoqué un mouvement d’émulation industrielle dans l’ensemble de la région Asie-Pacifique : les pays cherchent à harmoniser leurs normes pour préserver la compétitivité de leurs infrastructures aéroportuaires. La Thaïlande, par exemple, modifie actuellement sa réglementation interne pour valoriser ses surplus agricoles en biocarburants avancés. Au lieu d’incinérer les résidus de canne à sucre ou de riz, le royaume prévoit de les transformer en composants essentiels à la fabrication de SAF. La Corée du Sud affiche des ambitions encore plus élevées : elle projette d’imposer une incorporation de SAF comprise entre 7% et 10% d’ici 2035 pour tous ses vols internationaux.

à lire également :  Ils créent 4L d'essence quotidienne à partir de l'air: un succès inattendu

L’aviation électrique demeurant encore inaccessible pour les trajets longue distance, l’Asie mise sur la seule solution industrialisable à grande échelle : les biocarburants durables. Cette stratégie constitue un défi pour l’Europe, pourtant pionnière avec sa directive ReFuelEU (qui prévoit 2% de SAF dès 2025, 6% en 2030 et 70% en 2050). Le continent asiatique bénéficiera d’un avantage concurrentiel considérable grâce à ses coûts de collecte de biomasse plus faibles et ses capacités de raffinage. Cette avance structurelle garantira, à terme, que même les appareils d’Airbus ou de Boeing devront s’approvisionner en carburant produit localement.

Si l’Asie parvient un jour à dominer ce secteur, elle devra néanmoins garantir la traçabilité rigoureuse de ses approvisionnements en matières premières pour sécuriser la production de SAF. Des pratiques frauduleuses peuvent rapidement apparaître : huile de palme vierge falsifiée et présentée comme huile usagée pour augmenter les volumes disponibles, détournement de graisses animales destinées à l’alimentation humaine, utilisation de déchets ligneux issus de déboisements illégaux… Cette course aux biocarburants devra impérativement s’accompagner d’un mécanisme de certification infaillible, sous peine de perdre l’accréditation de l’OACI, indispensable pour les opérations aériennes internationales. Quoi qu’il en soit, l’Asie s’est solidement positionnée dans l’industrie des biocarburants pour rattraper l’Occident ; la première phase de cette compétition est donc remportée.