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Ford trop ambitieux sur l’électrique ? Une analyse critique de ses ambitions

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Ford trop ambitieux sur l'électrique ? Une analyse critique de ses ambitions

Frappé par des résultats financiers alarmants, le constructeur américain Ford se voit contraint de repenser entièrement sa stratégie. La situation est critique tant aux États-Unis qu’en Europe, poussant la marque à l’ovale bleu à prendre des décisions radicales. L’enjeu est désormais de trouver un équilibre économique viable tout en respectant les exigences environnementales de plus en plus contraignantes.

La situation européenne de Ford en pleine déroute

Annoncer une perte annuelle colossale de 8,2 milliards de dollars est déjà une épreuve face aux actionnaires. Mais la situation de Ford s’est révélée encore plus préoccupante lorsque son PDG Jim Farley a détaillé les dépréciations d’actifs atteignant 15,5 milliards de dollars pour le seul dernier trimestre. Ces chiffres astronomiques sont presque entièrement liés aux programmes de véhicules électriques actuellement en développement. Dans un rare moment de transparence pour le secteur, Jim Farley a reconnu l’échec du modèle économique. Les premiers véhicules zéro émission de la marque, incluant la Mustang Mach-E, le Puma Gen E ou les modèles basés sur la plateforme MEB de Volkswagen, ont engendré des coûts de développement exorbitants. Plus inquiétant encore, leur commercialisation a creusé davantage le déficit. Cette stratégie de développement interne ou via des partenariats coûteux a clairement montré ses limites, nécessitant une réorientation urgente pour éviter un désastre financier complet.

La solution est finalement venue de l’Hexagone. Ford a effectivement décidé de s’associer avec Renault pour développer et produire deux futurs modèles électriques compacts destinés au marché européen. Le constructeur américain externalise ainsi la majorité de l’ingénierie et de la fabrication, se réservant uniquement le design et les réglages des trains roulants. Cette décision marque une rupture sans précédent : confier à un concurrent direct la responsabilité de sa présence sur le segment B témoigne de l’urgence financière que traverse Ford. L’objectif est clairement de réduire drastiquement les coûts tout en restaurant une certaine rentabilité pour les activités européennes. Les premiers résultats de cette alliance franco-américaine ne sont pas attendus avant 2028, laissant plusieurs années de transition difficile pour le réseau de distribution.

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Restructuration majeure sur le marché américain

Aux États-Unis, terre d’origine de la marque, les mesures d’austérité sont tout aussi drastiques. L’exemple le plus frappant de ce revirement est certainement l’arrêt programmé du F-150 Lightning. Présenté comme le symbole de la transition électrique américaine, ce modèle est victime de coûts de production jugés incompatibles avec les réalités du marché. Dans la même logique d’économie, un grand SUV à sept places, pourtant très attendu par les familles américaines nombreuses, a également été abandonné avant même sa commercialisation. L’heure est désormais à une simplification radicale. Le constructeur mise tout sur une nouvelle architecture technique appelée UEV (Universal Electric Vehicle). Conçue pour être significativement moins onéreuse et plus simple à produire, cette plateforme doit générer des marges bénéficiaires sans dépendre des subventions gouvernementales. Le premier véhicule utilisant cette architecture sera commercialisé en 2027, sous forme d’un pick-up proposé entre 30 000 et 35 000 dollars.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Ford a vendu 97 709 véhicules électriques en Europe l’année dernière. Cela constitue une progression spectaculaire de +178 % comparé à l’année précédente. L’Explorer s’est imposé comme le modèle phare avec 45 830 exemplaires écoulés, suivi par le Puma Gen E totalisant 24 693 immatriculations. Cette augmentation des volumes a permis à la division Model e de légèrement améliorer sa situation, réduisant ses pertes de 5,1 à 4,8 milliards de dollars. La directrice financière, Sherry House, tente d’apaiser les marchés en promettant des améliorations progressives, d’abord portées par l’introduction de la plateforme UEV en 2027, puis par l’arrivée des modèles compacts développés avec Renault l’année suivante. La situation reste néanmoins critique pour le réseau de distribution. Le constructeur a déjà supprimé plusieurs modèles populaires en Europe, comme la Fiesta ou la Focus. Il demeure pourtant essentiel de maintenir un volume de ventes suffisant en véhicules zéro émission pour éviter les pénalités liées à la réglementation CAFE. Sans ces voitures particulières, les concessionnaires auraient du mal à équilibrer leurs comptes, ce qui menacerait la très rentable division d’utilitaires Ford Pro.