Énergie & Recharge
Plastique : le carburant toxique issu de la pauvreté et de la crise énergétique

Face à l’absence de combustibles propres pour le chauffage et la cuisine, des millions d’individus se retrouvent contraints d’utiliser une alternative accessible mais extrêmement nocive : les déchets plastiques.
Ce matériau est désormais le recours ultime, celui vers lequel on se tourne par nécessité absolue pour garantir la survie familiale. Dans les zones urbaines défavorisées de nombreux pays en voie de développement, l’atmosphère est désormais imprégnée de l’odeur suffocante du plastique consumé, supplantant celle des combustibles traditionnels. En l’espace de quelques années seulement, cette matière est devenue une ressource énergétique de subsistance, engendrant des effets dévastateurs tant sur la santé publique que sur l’environnement.
Cette réalité sociale alarmante a été documentée dans une étude approfondie réalisée par des chercheurs de l’Université Curtin en Australie, dont les résultats ont été publiés début janvier dans Nature Communications. « Cette problématique reste largement invisible et les données fiables étaient jusqu’à présent difficiles à collecter », précise le Dr Bishal Bharadwaj, chercheur principal de l’étude. Pour ces communautés défavorisées, les emballages, contenants et résidus plastiques constituent la seule matière combustible disponible pour cuisiner leurs repas et maintenir leurs habitations à température viable, tout en éloignant les nuisibles. Ces déchets proviennent majoritairement des nations industrialisées qui les exportent sans scrupule vers les régions moins développées, créant ainsi une économie de la précarité où les rebuts des sociétés d’abondance deviennent paradoxalement essentiels à la survie des plus démunis.
Brûler du plastique : un empoisonnement à petit feu
Cette source d’énergie improvisée est généralement utilisée dans des dispositifs rudimentaires à flamme ouverte, des réchauds improvisés servant tant à la préparation alimentaire qu’au chauffage domestique. La combustion qui en résulte est insuffisante, les composés synthétiques ne se dégradent pas complètement et libèrent un mélange toxique de substances gazeuses et de microparticules dangereuses. Dans les espaces confinés comme les logements ou les boutiques, l’atmosphère devient rapidement irrespirable et hautement toxique.
L’équipe scientifique a identifié le PVC (polychlorure de vinyle) comme le troisième type de plastique le plus couramment utilisé comme combustible. Contenant 57 % de chlore dans sa composition, sa combustion à basse température génère du chlorure d’hydrogène (HCl), un gaz particulièrement agressif pour le système respiratoire. Le danger ne s’arrête pas là : « La combustion du PVC libère des dioxines et furannes extrêmement toxiques, qui comptent parmi les substances les plus nocives jamais identifiées », souligne le professeur Hari Vuthaluru, co-auteur de ces travaux de recherche.
Ces composés chimiques, caractérisés par leur extraordinaire stabilité, contaminent durablement tous les milieux avec lesquels ils entrent en contact : surfaces murales, textiles et, plus gravement encore, les organismes des personnes exposées à ces fumées. Les premiers touchés sont inévitablement les plus fragiles : femmes, enfants et personnes âgées, constamment exposés à ces émanations dans leurs espaces de vie.
Une fois absorbées par l’organisme, ces substances ne peuvent être éliminées naturellement et s’accumulent dans les tissus pendant des dizaines d’années. À terme, elles peuvent entraîner diverses pathologies cancéreuses, des dysfonctionnements reproductifs graves, des anomalies congénitales chez les nouveau-nés ou des altérations permanentes du développement physique et intellectuel chez les jeunes enfants. N’assistons-nous pas à l’une des manifestations les plus flagrantes de notre déliquescence sociétale ? L’émergence d’une crise sanitaire qui touche exclusivement ceux qui n’ont pas les moyens de participer à l’économie de consommation.
Considérez alors les implications futures, lorsque l’utilisation mondiale du plastique aura triplé d’ici 2060, selon les projections de cette recherche. Nous nous dirigeons inexorablement vers une ségrégation environnementale inédite, où respirer un air non pollué deviendra le privilège ultime des classes aisées. Il serait illusoire d’espérer une réaction significative des autorités, même face aux pressions des organisations humanitaires et sanitaires : l’exportation des nuisances constitue un modèle économique trop lucratif pour être abandonné. Le plastique représente la face sombre de la mondialisation, un système vorace dont nous ne purgerons pas les circuits de sitôt.















