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Accord de prix UE-Chine: impact sur les véhicules électriques chinois

Le début de semaine amorce potentiellement la fin des tensions commerciales entre Bruxelles et Pékin concernant le marché des véhicules électriques. La Commission européenne vient de formuler une proposition officielle visant à substituer les taxes douanières par un mécanisme d’engagements sur les prix, associé à des obligations d’investissements sur le sol européen. Cette initiative diplomatique semble trouver un écho favorable auprès des autorités chinoises, qui reconnaissent l’importance stratégique du marché européen, particulièrement face au protectionnisme affiché par Washington.
## De l’affrontement à la négociation
Après près de deux années de tensions croissantes, l’Union européenne et la Chine semblent enfin prêtes à apaiser leurs relations commerciales. Ce différend, qui menaçait de dégénérer en véritable guerre économique, prend désormais une orientation plus conciliante. Les institutions européennes viennent de publier un document établissant une alternative aux surtaxes imposées sur les importations de véhicules électriques chinois. Pour comprendre les enjeux, un retour en arrière s’impose. En octobre 2023, inquiète de voir ses constructeurs historiques perdre du terrain face à la concurrence asiatique, l’Europe avait lancé une investigation sur de potentielles subventions déloyales. Cette démarche avait abouti à l’application de droits compensatoires variant de 7,8% à 35,3%, s’ajoutant à la taxe standard de 10% déjà en vigueur sur les importations automobiles chinoises.
Dans sa nouvelle approche, la Commission européenne propose une solution alternative, comme l’a révélé Reuters dans un document consulté récemment. En substance, les fabricants chinois pourraient éviter ces taxes additionnelles en s’engageant à commercialiser leurs véhicules au-dessus d’un certain seuil tarifaire. Au lieu de verser des sommes considérables aux services douaniers, des marques comme BYD, SAIC ou Geely s’engageraient à maintenir des prix suffisamment élevés pour préserver l’équilibre du marché européen tout en conservant leurs marges bénéficiaires. Les instances européennes précisent que cette tarification sera analysée de façon « objective et équitable », conformément aux directives de l’OMC. La réaction chinoise a été prompte et positive, saluant cette ouverture comme un signal encourageant que la coopération demeure possible malgré les divergences. Cette désescalade arrive à point nommé dans un contexte économique mondial déjà fragilisé, où aucune partie n’avait réellement intérêt à poursuivre l’escalade.
## L’Europe, future terre d’implantation pour les industriels chinois ?
L’élément particulièrement significatif de cette nouvelle orientation réside dans une clause spécifique des exigences européennes. Pour qu’une proposition chinoise soit validée, elle peut inclure des « engagements complémentaires », notamment des projets d’investissement directs sur le territoire de l’Union. Le Vieux Continent aspire manifestement à dépasser son statut de simple importateur pour redevenir un acteur industriel majeur. En conditionnant l’exemption fiscale à l’implantation locale, Bruxelles adresse une invitation à peine voilée aux constructeurs chinois pour qu’ils établissent leurs unités de production en Europe.
Pour les industriels asiatiques, l’équation économique est en cours d’évaluation, et tout indique qu’ils sont déjà engagés dans cette réflexion stratégique. Des sources proches du pouvoir à Pékin, citées par plusieurs médias dont le South China Morning Post, indiquent que les autorités chinoises ont opté pour l’apaisement pour une raison pragmatique: les États-Unis ont pratiquement fermé leur marché avec des droits de douane prohibitifs atteignant 100%. L’Europe représente donc désormais le seul grand débouché accessible et économiquement viable pour écouler la production croissante de véhicules électriques chinois.
Il convient également de rappeler que l’Europe a besoin de véhicules électriques financièrement accessibles pour atteindre ses ambitions climatiques. Sans l’apport des modèles chinois, généralement plus abordables, la transition écologique risquerait de devenir un privilège réservé aux plus fortunés, excluant une large partie de la population. Parallèlement, la Chine doit trouver des marchés d’exportation pour soutenir sa nouvelle stratégie de croissance, largement axée sur les technologies vertes. C’est donc une alliance pragmatique qui se dessine. Nous assistons à une évolution du conflit vers des négociations commerciales constructives. Les consommateurs européens verront probablement une légère augmentation des tarifs des véhicules chinois pour respecter les nouveaux planchers tarifaires, mais la diversité de l’offre sera maintenue. Quant aux constructeurs européens, ils obtiennent un répit et l’assurance d’une concurrence plus équilibrée, avec des coûts de production partiellement localisés sur le continent. Certes, cet équilibre reste fragile, mais il constitue une alternative nettement préférable à un conflit commercial où chaque partie aurait été perdante.












