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Bornes de recharge électrique : cibles privilégiées des vols et vandalismes

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Bornes de recharge électrique : cibles privilégiées des vols et vandalismes

Le prix du cuivre s’envole, atteignant presque les 10 000 euros la tonne, ce qui a provoqué une vague sans précédent de dégradations ciblant les infrastructures de recharge pour véhicules électriques. Les malfaiteurs opèrent avec une efficacité redoutable, sectionnant rapidement les câbles pour récupérer quelques kilogrammes de métal précieux, mais laissant derrière eux des dommages considérables estimés à plusieurs milliers d’euros. Cette problématique émergente menace sérieusement le développement du réseau de recharge sur le territoire français et ébranle la confiance des utilisateurs de véhicules électriques. Face à cette situation alarmante, les acteurs du secteur explorent diverses solutions techniques comme l’utilisation de matériaux composites renforcés ou l’intégration de dispositifs de géolocalisation, malgré l’impact économique significatif de ces innovations.

Dix secondes pour sectionner, cinq mille euros pour restaurer

Ce scénario se répète désormais fréquemment sur les parkings commerciaux et les aires de repos autoroutières. À Melun, Pierre Yvroud, responsable du syndicat départemental des énergies de Seine-et-Marne (SDESM), dévoile avec résignation l’état d’une borne vandalisée. Les conducteurs électriques, d’un diamètre impressionnant, ont été dérobés après avoir été coupés avec précision. "Ils s’équipent d’outils de découpe professionnels et accomplissent leur méfait en quelques secondes seulement", explique-t-il lors d’un reportage diffusé sur TF1. L’équation économique pour les voleurs est limpide : chaque borne rapide contient approximativement 4 à 5 kilogrammes de cuivre pur dans ses câbles refroidis par liquide. Au tarif actuel, ce butin représente environ 50 à 100 euros sur le marché parallèle. Une somme insignifiante comparée au préjudice subi par l’exploitant. "La remise en état nous coûte environ 5000 euros", souligne Pierre Yvroud. La disproportion est flagrante.

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Ce phénomène prend de l’ampleur sur le territoire national, après avoir sévi dans plusieurs pays européens comme le Royaume-Uni ou le Portugal. Le département de Seine-et-Marne a été particulièrement touché avec environ cent câbles subtilisés dans vingt-cinq stations différentes en novembre dernier. L’Ille-et-Vilaine, relativement épargnée jusqu’à présent, commence également à enregistrer ses premiers cas. Les malfaiteurs font preuve d’une organisation sophistiquée, utilisant paradoxalement les applications dédiées à la localisation des points de recharge pour identifier leurs cibles potentielles. Leurs attaques se concentrent exclusivement sur les stations de recharge rapide (courant continu), les seules dont l’épaisseur des câbles justifie l’opération délictueuse.

Pour les utilisateurs, les conséquences dépassent la simple indisponibilité temporaire. Le remplacement d’un câble, souvent fabriqué sur mesure avec un système de refroidissement intégré, nécessite un délai conséquent. "La période d’immobilisation peut s’étendre jusqu’à quatre semaines", avertit Alain Rolland, créateur de l’entreprise Stations-e. Pendant cette période, l’automobiliste se retrouve confronté à une borne hors service, tandis que l’opérateur subit un manque à gagner qui s’accumule quotidiennement.

La contre-offensive s’intensifie (mais à quel prix)

Pour contrer cette menace grandissante, les professionnels du secteur mobilisent leurs ressources. L’organisation sectorielle Mobilians alerte les autorités préfectorales afin que ces actes malveillants ne soient plus considérés comme de simples dégradations mineures mais traités avec la gravité qu’ils méritent. L’enjeu est crucial car la transition vers la mobilité électrique ne peut réussir si l’infrastructure de recharge demeure vulnérable aux dégradations quotidiennes. Une course à l’armement technologique s’est engagée. Au Portugal, certains opérateurs expérimentent des protections renforcées incorporant du Kevlar. "Ces gaines offrent une résistance remarquable et compliquent considérablement la découpe", précise Alain Rolland. Les voleurs, qui comptent sur la rapidité d’exécution, renoncent généralement si l’opération demande plus d’une minute. À Lille, une approche alternative est testée, avec des tissus anti-coupure enveloppant les conducteurs. Ces dispositifs de protection, bien que prometteurs, entraînent malheureusement une augmentation substantielle du coût des équipements, parfois jusqu’à 100%.

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D’autres innovations sont actuellement évaluées. L’incorporation de marqueurs chimiques dans le cuivre, similaires à ceux utilisés pour les billets de banque, permettrait d’identifier l’origine du métal chez les recycleurs et faciliterait le démantèlement des réseaux de recel. Des capteurs intelligents reliés aux services de sécurité pourraient détecter toute manipulation suspecte des câbles et déclencher une alerte immédiate. Certains concepteurs envisagent même d’intégrer des dispositifs de géolocalisation directement dans les gaines pour suivre le parcours du matériel volé. Cependant, selon Anne-Sophie Alsif, analyste économique chez BDO France, tant que le cours du cuivre restera élevé, l’attrait pour ce type de vol persistera. Avec un réseau national de 155 000 bornes, le potentiel pour les malfaiteurs est immense et la surveillance permanente semble irréalisable. La solution pourrait venir d’une refonte complète de l’architecture des bornes (intégration de câbles escamotables, compartiments sécurisés) ou, plus regrettablement, d’une révision à la hausse des tarifs de recharge pour financer ces mesures de sécurité supplémentaires. En attendant, les conducteurs de véhicules électriques doivent composer avec une préoccupation additionnelle, au-delà de l’autonomie limitée : celle de découvrir une borne de recharge… dépourvue de ses câbles.

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