Auto
Chine a déjà gagné la guerre de la voiture électrique, selon l’ex-PDG de Renault

Émergentes il y a seulement une décennie, les constructeurs automobiles chinois se sont aujourd’hui imposés comme des concurrents redoutables face aux marques européennes traditionnelles. Des noms comme BYD, MG ou Xpeng font désormais partie du paysage automobile mondial, et d’autres acteurs continuent d’apparaître. Cette rivalité sino-européenne s’intensifie dans l’industrie automobile, et selon Carlos Ghosn, ancien président-directeur général de Renault, l’avance prise par les constructeurs chinois semble déjà insurmontable.
Un avenir sombre selon Carlos Ghosn
À la tête du groupe Renault jusqu’en 2019, Carlos Ghosn maîtrise parfaitement les rouages de l’industrie automobile. Il possède notamment une vision claire concernant la transition vers la mobilité électrique, ayant été un pionnier dans ce domaine bien avant les autres dirigeants du secteur. C’est sous son impulsion que des modèles emblématiques comme la Renault Zoé et la Nissan Leaf ont vu le jour.
Récemment, l’ancien dirigeant s’est exprimé depuis le Liban sur la compétition acharnée entre constructeurs européens et chinois dans la course à l’électrification. Son analyse est sans appel : il identifie plusieurs faiblesses structurelles de l’industrie automobile européenne face à la Chine. L’avantage chinois ne se limite pas, selon lui, à la qualité des véhicules ou à leur prix attractif. Il met particulièrement en lumière la réactivité remarquable des constructeurs chinois en matière de développement. « Les Chinois conçoivent un véhicule de A à Z en seulement deux ans, alors qu’en Europe, ce processus nécessite encore quatre à cinq années », souligne-t-il. Il évoque également un déséquilibre majeur concernant les coûts de fabrication : « Grâce à sa position dominante dans la chaîne d’approvisionnement des batteries, la Chine produit des véhicules 25 à 30 % moins chers avec des technologies identiques », rappelle l’ancien PDG.
Une différence fondamentale d’approche selon l’ancien dirigeant
Ces facteurs économiques et logistiques sont déterminants, tout comme l’expertise chinoise dans les technologies embarquées. Ghosn n’hésite pas à affirmer que face aux solutions proposées par des entreprises comme XPeng, Xiaomi ou Huawei, les systèmes numériques européens semblent « préhistoriques ». Cette combinaison de facteurs représente, d’après lui, une menace existentielle pour les grands constructeurs européens comme Renault, Peugeot et Nissan.
L’ancien dirigeant va plus loin dans son analyse en critiquant la perception même de la révolution électrique en Occident. Il estime que le problème « ne se limite pas à l’offre de véhicules. Il s’agit d’une transformation sociale et infrastructurelle que l’Occident a sous-estimée ». Selon sa vision, tandis que la Chine a considéré le véhicule électrique comme un levier stratégique de souveraineté industrielle, l’Europe l’a abordé comme une expérimentation onéreuse sans vision globale.
L’occasion était également parfaite pour Ghosn de régler certains différends. Il affirme avec conviction que si les stratégies d’investissement qu’il avait élaborées en 2017 avaient été poursuivies, l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi rivaliserait aujourd’hui avec le géant BYD. Mais selon ses propres termes, cette alliance n’est désormais plus qu’une « fiction, un prétexte à une collaboration illusoire ».












