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Le Canada ouvre sa porte aux voitures électriques de Chine

Le gouvernement canadien a validé l’importation de 49 000 véhicules électriques chinois par an avec des droits de douane réduits à 6,1%, abandonnant ainsi la politique protectionniste de surtaxe à 100%. Cette décision stratégique permet aux agriculteurs canadiens d’accéder plus facilement au marché chinois, mais suscite l’indignation du secteur automobile national, qui y voit une menace directe pour sa survie économique.
Une décision controversée pour l’industrie nationale
L’ère où le Canada et les États-Unis formaient un bloc industriel unifié dans le secteur automobile semble désormais révolue. En abaissant drastiquement les barrières douanières sur les véhicules électriques chinois, passant d’une surtaxe de 100% à un taux préférentiel de 6,1%, le Canada prend ses distances avec la politique protectionniste américaine et redessine l’échiquier économique automobile mondial.
Pour Doug Ford, Premier ministre ontarien, cette initiative représente une erreur stratégique majeure qui expose directement les constructeurs locaux à une concurrence structurellement avantagée, bénéficiant d’importantes subventions gouvernementales chinoises leur permettant d’afficher des prix défiant toute concurrence occidentale.
Le contingent négocié, débutant à 49 000 unités annuelles pour atteindre 70 000 véhicules d’ici cinq ans, peut paraître marginal à l’échelle du marché canadien (environ 3%). Toutefois, il constitue une première brèche significative. Les modèles qui arriveront dès avril 2026, comme la BYD Seagull (commercialisée en Europe sous le nom Dolphin Surf), offrent un rapport qualité-prix révolutionnaire. Pour les ménages canadiens confrontés à l’inflation galopante, l’accès à des véhicules électriques abordables représente une opportunité exceptionnelle. En revanche, Lana Payne, présidente du syndicat Unifor, considère que cette décision valide les pratiques commerciales agressives chinoises et compromet directement l’avenir professionnel des travailleurs canadiens de l’automobile. Par ailleurs, en rompant l’alignement traditionnel avec la politique américaine, le Canada risque d’isoler son industrie automobile fortement dépendante des exportations vers le marché américain.
La position ambiguë de l’administration Trump
Étonnamment, la réaction la plus inattendue provient de Donald Trump lui-même. Alors que ses principaux conseillers économiques, notamment Sean Duffy au Transport et Jamieson Greer au Commerce, multipliaient les mises en garde lors d’une visite officielle dans l’Ohio, prédisant que le Canada "regretterait amèrement" cette initiative, le président américain a adopté une position plus nuancée. Trump a minimisé l’importance de cette décision, estimant que si le Premier ministre canadien obtenait un accord avantageux pour son pays, "c’était une bonne chose" et que "c’était OK". Cette réaction modérée s’explique-t-elle par une indifférence momentanée ou révèle-t-elle un calcul politique plus sophistiqué de la part d’un dirigeant entretenant des relations complexes avec son voisin septentrional?
Quoi qu’il en soit, la confiance mutuelle est ébranlée. La collaboration historique entre les deux nations nord-américaines sur les questions automobiles vient de connaître une rupture significative. Le Canada a privilégié les intérêts immédiats de ses consommateurs, au risque de contrarier son principal partenaire économique et d’exposer son marché à des concurrents redoutables. Dès le printemps prochain, les premières voitures électriques chinoises circuleront dans les rues de Toronto et Montréal, concrétisant ce changement géopolitique majeur. La question demeure: l’industrie automobile canadienne disposera-t-elle des ressources nécessaires pour résister à cette nouvelle donne économique, ou les avertissements des organisations syndicales et du Premier ministre ontarien se révéleront-ils prémonitoires dans les années à venir? Seul le temps nous apportera cette réponse.












