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Le Canada veut aussi produire des véhicules électriques, pas juste importer

Le Canada prend un tournant radical dans sa stratégie automobile en se montrant désormais favorable à une collaboration avec les constructeurs chinois. Cette évolution marque une rupture importante avec sa position antérieure et s’inscrit dans une vision industrielle ambitieuse qui va bien au-delà d’une simple ouverture aux importations.
Une réorientation stratégique
Jusqu’à récemment, le Canada adoptait une position protectionniste calquée sur celle des États-Unis, appliquant des taxes douanières de 100% d’augmentation sur les véhicules électriques importés de Chine. Cette approche visait à protéger l’industrie nord-américaine face à la concurrence asiatique. Aujourd’hui, la rhétorique officielle a considérablement évolué. Mélanie Joly, ministre canadienne, évoque désormais des perspectives de collaboration plutôt que des mesures restrictives. Lors d’un entretien avec Bloomberg, elle a présenté une vision qui aurait semblé inimaginable il y a peu, affirmant vouloir établir des chaînes de production de véhicules électriques chinois directement en territoire canadien.
Cette inflexion s’explique notamment par les difficultés actuelles du secteur automobile au Canada. D’une part, les investissements des géants américains comme Ford ou General Motors connaissent un ralentissement, tandis que les relations avec l’industrie de Detroit se sont détériorées suite à des désaccords politiques récents. D’autre part, l’essor international des constructeurs asiatiques, notamment BYD, représente une opportunité que le Canada ne peut ignorer. Pour assurer sa pérennité économique, le pays nord-américain cherche à élargir ses alliances industrielles, quitte à créer des tensions avec Washington. Les barrières douanières imposées aux produits chinois ont ainsi été progressivement allégées, dans l’optique d’attirer capitaux et infrastructures de production venus d’Asie.
L’émergence d’un modèle hybride sino-canadien
La stratégie canadienne ne se limite pas à l’importation de véhicules finis, mais vise la création d’une véritable filière de production locale. L’objectif est de développer une collaboration industrielle bénéfique pour les deux parties. Le Canada dispose d’entreprises leaders dans le secteur des composants automobiles, comme Magna International, Linamar ou Martinrea, qui ont déjà établi des liens solides avec le marché chinois. L’ambition est de fusionner ce savoir-faire canadien avec les avancées chinoises dans les technologies de batteries et de motorisation électrique, à travers la création d’entreprises communes. Le Canada ambitionne ainsi de concevoir et produire des véhicules à identité hybride sino-canadienne, destinés à être commercialisés internationalement.
Cette vision présente certains défis, notamment en raison du coût supérieur de la main-d’œuvre canadienne comparé à la Chine. Toutefois, la ministre cite l’exemple réussi de Honda, qui fabrique des modèles Civic en Ontario depuis des années. Pour les constructeurs chinois, l’implantation d’unités de production au Canada permettrait de contourner les droits de douane sur les importations tout en disposant d’une base industrielle stratégique pour approvisionner les marchés occidentaux. La question demeure de savoir si cette alliance industrielle trouvera un écho favorable dans les sphères politiques et commerciales des deux côtés du Pacifique.












