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Le carburant alternatif au diesel prêt à conquérir le marché français

Face à l’évolution des modes de transport, le secteur du fret routier se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. L’inflation des prix à la pompe et la multiplication des restrictions urbaines mettent le diesel sous pression. Les professionnels de la logistique, contraints de maintenir leurs activités tout en anticipant les futures contraintes environnementales, explorent de nouvelles solutions. Parmi elles, une alternative gazière déjà adoptée par certains transporteurs publics et véhicules lourds gagne progressivement du terrain sur notre réseau routier.
Il s’agit d’un combustible gazeux connu depuis longtemps, mais qui connaît une véritable renaissance grâce à sa version issue du recyclage de matières organiques. Son infrastructure de distribution s’étend rapidement, les flottes commerciales l’intègrent dans leurs stratégies, et une récente collaboration entre ENGIE Solutions et WEX vient renforcer son déploiement. Ce carburant alternatif au diesel mérite qu’on s’y intéresse de plus près…
BioGNV : le gaz renouvelable qui vise directement le diesel
À l’origine se trouve le GNV, acronyme de "Gaz Naturel pour Véhicules". Il s’agit d’une énergie fossile gazeuse employée comme carburant, principalement dans sa forme compressée (GNC) pour alimenter les autobus, camions de ramassage des déchets ou poids lourds. Le BioGNV, quant à lui, offre les mêmes applications pratiques, mais avec une différence fondamentale : sa nature renouvelable. Sa production repose sur le biométhane issu de la méthanisation des déchets organiques, qu’ils proviennent de l’agriculture ou des résidus ménagers collectés par les municipalités.
Dans ce contexte, on emploie souvent le terme BioGNC pour désigner la version compressée du BioGNV, prête à être distribuée dans les stations-service. Cette énergie renouvelable conserve les avantages pratiques d’un carburant gazeux (notamment une autonomie comparable et un temps de ravitaillement similaire au diesel), tout en présentant un impact environnemental considérablement réduit. D’après les études sectorielles, le BioGNC permettrait de diminuer jusqu’à 80% les émissions de CO₂ sur l’ensemble du cycle de vie, comparativement au gazole.
Les bénéfices environnementaux ne s’arrêtent pas là. Le BioGNC réduit d’environ 50% les rejets d’oxydes d’azote (NOx) et de près de 95% les émissions de particules fines par rapport au diesel. Conséquence directe : les véhicules fonctionnant au GNV ou BioGNV obtiennent la classification Crit’Air 1 et conservent un accès illimité aux ZFE, alors que le diesel voit ses possibilités de circulation se restreindre progressivement. Cette solution énergétique représente également un atout pour l’indépendance énergétique nationale. La production de biométhane s’inscrit dans une logique de proximité et génère des emplois ancrés dans les territoires, impossibles à délocaliser.
L’Association française du gaz naturel pour véhicules (AFGNV) ambitionne d’atteindre un approvisionnement en gaz carburant d’origine 100% renouvelable dans le secteur du transport routier d’ici 2033, avec comme objectif que près de 20% de la mobilité lourde (camions, autobus) soit décarbonée grâce au BioGNV. Cette feuille de route positionne ce gaz vert comme un candidat sérieux pour succéder au diesel dans de nombreuses applications.
Stations, flottes et partenariat WEX–ENGIE : comment le BioGNV s’implante en France
Pour qu’une alternative énergétique réussisse son déploiement, deux conditions sont essentielles : des véhicules adaptés et un réseau de distribution accessible. Sur ce second point, la France a considérablement accéléré. D’après les données sectorielles, le territoire comptabilisait 255 stations publiques GNV/BioGNV en 2021, soit une augmentation de 95 unités en seulement douze mois, représentant environ 40% de croissance. S’y ajoutent plus de 300 stations privées réservées aux flottes professionnelles. La législation européenne encourage également cette dynamique, avec l’obligation d’implanter des points de ravitaillement en gaz tous les 150 kilomètres sur les axes majeurs d’ici 2026.
Dans ce contexte favorable, ENGIE Solutions exploite déjà plus de 60 stations publiques GNV à travers le pays. Ces infrastructures sont désormais accessibles directement aux transporteurs équipés d’une carte carburant WEX, grâce à un accord stratégique entre ces deux acteurs économiques. L’objectif est clair : faciliter l’accès au réseau français de distribution GNV pour les transporteurs européens, en simplifiant au maximum la transition vers ce carburant. Un chauffeur traversant la France peut ainsi planifier ses ravitaillements en gaz renouvelable sans s’inquiéter de la compatibilité des stations avec son moyen de paiement.
Du côté des utilisateurs, la progression est déjà significative. Fin février 2022, on dénombrait 30 525 véhicules propulsés au gaz ou au biométhane en France, dont approximativement un poids lourd sur vingt équipé pour fonctionner au GNV ou au BioGNV. Le gaz s’est également imposé dans les transports collectifs urbains : plus de la moitié des autobus commercialisés ces dernières années en France sont alimentés au gaz. Pour les entreprises de transport, cette solution énergétique conserve un avantage économique non négligeable, le prix du gaz carburant étant historiquement inférieur d’environ 30% à celui du diesel et de 50% à celui de l’essence, même si les fluctuations récentes du marché de l’énergie ont montré que cette stabilité n’était pas garantie.











