Énergie & Recharge
Le plan d’EDF pour réduire drastiquement les prix de l’électricité révélé

Dans le cadre d’un plan ambitieux, EDF se lance dans une stratégie inédite liée à ses nouveaux réacteurs nucléaires EPR2. L’entreprise vise à fournir une électricité à prix abordable pour les consommateurs français à travers une approche industrielle repensée.
Le projet colossal de 72,8 milliards d’euros, validé par le conseil d’administration d’EDF en décembre dernier, cache une vision industrielle novatrice. Au-delà de la simple construction de six réacteurs EPR2, l’électricien national cherche à transformer fondamentalement son approche opérationnelle pour garantir une énergie économiquement viable. Cette stratégie s’appuie sur un concept emprunté à l’industrie automobile : l’optimisation par la production en série.
La logique est pragmatique. Entre la première et la dernière unité, EDF prévoit de diminuer les coûts globaux d’environ 30%, tout en réduisant les délais de construction de 32 mois. Cette approche s’inspire directement de l’expérience française des années 1970-1990, période durant laquelle la France a construit 58 réacteurs pour un investissement d’environ 65 milliards d’euros en valeur actuelle. À l’époque, la standardisation des modèles, la continuité des équipes et l’amélioration constante des procédés avaient permis des économies d’échelle significatives.
Pour ces nouveaux EPR2, EDF adopte une configuration stratégique : trois sites accueilleront chacun une paire de réacteurs. Penly recevra les deux premiers, suivis par Gravelines puis Bugey. Cette organisation permettra de partager les infrastructures sur chaque site, des travaux préparatoires jusqu’aux installations auxiliaires. Cette mutualisation devrait générer une économie d’environ 15% sur le second réacteur de chaque paire. Selon EDF, la seconde unité de Penly coûtera entre 20% et 30% moins cher que la première.
Le montage financier a été élaboré en partenariat avec l’État français. Le dispositif comprend un prêt étatique à taux préférentiel couvrant approximativement 60% des frais de construction, un contrat pour différence sur quatre décennies et un système de partage des risques entre les pouvoirs publics et l’entreprise. Ce mécanisme, notifié aux instances européennes en novembre 2025, s’inspire du modèle tchèque de Dukovany. La décision d’investissement finale est attendue pour fin 2026, après évaluation par la délégation interministérielle au nouveau nucléaire au premier trimestre.
Le modèle chinois comme référence
Pour perfectionner sa méthodologie, EDF s’est tourné vers l’expérience chinoise. Les deux EPR opérationnels de Taishan démontrent l’efficacité d’une construction en série. Le rapport Folz, commandité par EDF en 2019, avait déjà mis en lumière que la construction simultanée de deux unités sur un même site constituait un avantage décisif pour le projet chinois. Les techniciens français envoyés sur place ont étudié ces méthodes efficientes pour les adapter au contexte national.
Un autre facteur déterminant réside dans l’accélération des calendriers de construction. Chaque mois gagné réduit les frais financiers intercalaires, ces intérêts qui s’accumulent pendant la phase de construction et représentent souvent des montants considérables pour des infrastructures de cette envergure. EDF a revu ses objectifs à la hausse : le premier EPR de Penly sera érigé en moins de 90 mois contre 96 initialement planifiés. À terme, l’ambition est d’atteindre 70 mois pour les dernières unités, se rapprochant ainsi des performances chinoises récentes. Les techniques éprouvées en Chine permettront d’initier les travaux électrotechniques environ vingt mois après le coulage du premier béton nucléaire.
Le programme est désormais clairement défini. Le premier béton nucléaire à Penly est programmé pour mars 2029, avec une mise en service industrielle envisagée en 2038. Un échelonnement de 12 à 18 mois est prévu entre chaque unité suivante.
L’ensemble du projet vise à diminuer le coût de l’électricité pour les usagers. L’entreprise doit optimiser l’exploitation des EPR2 pour atteindre l’objectif de 70 euros par mégawattheure. Ce seuil est considéré comme essentiel pour soutenir la compétitivité industrielle française et protéger le pouvoir d’achat des ménages. Néanmoins, EDF admet que cet objectif ne sera réalisable qu’après la construction d’au moins 14 EPR2 par paires sur le territoire national. D’ailleurs, le gouvernement a sollicité une estimation pour quatre paires supplémentaires. Pour 2026, EDF prévoit d’investir 2,7 milliards d’euros pour faire progresser le programme EPR2.
Un pari risqué
Une variable cruciale reste incertaine : la demande énergétique. Selon les analyses de RTE, si la consommation électrique française ne connaît pas de croissance significative, l’énergie produite par ces nouveaux réacteurs risque de ne pas trouver preneur. Le gestionnaire du réseau anticipe une consommation de 580 térawattheures annuels d’ici 2050, contre 442 TWh en 2024. Ce défi supplémentaire conditionne la rentabilité globale du programme et impose au gouvernement une nécessité : intensifier l’électrification des transports et des processus industriels.
Si EDF réussit à concrétiser ses engagements en termes de réduction des coûts et des délais, les consommateurs pourraient bénéficier d’une électricité bas-carbone et économique pour les prochaines générations. En cas d’échec, la note pourrait s’alourdir considérablement, avec des charges financières susceptibles de porter l’addition finale à près de 100 milliards d’euros selon les estimations de la Cour des comptes. Le projet industriel du siècle commence tout juste à prendre forme.















