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« Barnato » : Le Nom Choisi par Bentley pour son Prochain SUV Révélateur

La transition électrique chez Bentley s’effectue avec une élégance toute britannique. Le prestigieux constructeur de Crewe fait face à l’inéluctable virage vers l’électrification, imposé par les normes environnementales de plus en plus contraignantes. Mais plutôt que de brusquer sa clientèle attachée aux vrombissements caractéristiques de ses moteurs thermiques, la marque opte pour une approche subtile et progressive. Exit les déclarations fracassantes, place à une stratégie discrète et méticuleuse. L’enjeu est crucial : préserver l’ADN d’une marque centenaire tout en s’adaptant aux exigences contemporaines. Pour réussir ce grand écart temporel, quoi de mieux que de puiser dans son riche patrimoine historique et d’invoquer une figure emblématique qui incarne l’esprit aventureux de Bentley?
L’héritage légendaire comme passeport vers l’ère électrique
Les secrets industriels ont parfois du mal à rester confidentiels, surtout lorsqu’il s’agit de dépôts de marques. En août dernier, un nom évocateur a fait son apparition dans les registres de propriété intellectuelle américains, européens et britanniques : Barnato. Le dossier couvre un large spectre d’applications : véhicules électrifiés, équipements de recharge, systèmes à batteries… Tous les éléments nécessaires pour une offensive luxueuse dans l’univers électrique. Pour maintenir le suspense, la firme a également protégé l’appellation Torcal et conserve les droits sur Mulsanne, bien que la direction ait clairement indiqué ne pas vouloir ressusciter cette dernière, dont les dernières années de commercialisation n’ont pas rencontré le succès espéré. Les indices convergent donc vers l’utilisation du nom Barnato.
Ce patronyme n’est pas choisi au hasard. Woolf Barnato était un héritier fortuné des mines de diamants et figure phare des célèbres "Bentley Boys" durant les années 1920. Loin d’être un simple mécène ayant sauvé financièrement Bentley de la faillite en 1925, il était lui-même un pilote d’exception qui n’hésitait pas à prendre des risques. Son palmarès impressionnant compte trois victoires consécutives aux 24 Heures du Mans entre 1928 et 1930. Son exploit le plus mémorable reste ce pari audacieux de 1930, où il défia le prestigieux Train Bleu sur le trajet Cannes-Calais au volant de sa Speed Six. Il remporta ce défi avec quatre minutes d’avance, s’attirant une amende mais entrant définitivement dans la légende. En associant ce nom illustre à son premier véhicule 100% électrique, Bentley envoie un message fort : la passion et l’esprit d’aventure survivront à la disparition des moteurs thermiques.
Une nouvelle silhouette pour incarner la révolution silencieuse
Pour ce virage technologique majeur, Bentley a préféré repartir de zéro. Ce premier modèle électrique adoptera la configuration d’un SUV aux dimensions plus contenues que l’imposant Bentayga. Si ce format correspond aux tendances actuelles du marché, le design promet d’être révolutionnaire pour la marque. À en juger par le concept EXP 15 présenté l’été dernier lors du concours d’élégance de Monterey, les designers ont osé bouleverser les codes esthétiques traditionnels de Bentley. Adieu les formes généreuses et accueillantes, bienvenue aux arêtes vives, à une face avant imposante et à une interprétation totalement repensée de la calandre emblématique. Ce Barnato (si cette appellation est confirmée) s’appuiera probablement sur l’architecture PPE du groupe Volkswagen, déjà utilisée par le Porsche Macan électrique et l’Audi Q6 e-tron. Pour justifier un tarif qui avoisinera les 250 000 euros, Bentley misera sur un habitacle d’exception où l’artisanat atteindra des sommets. Le concept EXP 15 donnait déjà le ton avec ses revêtements en laine naturelle, ses éléments en titane fabriqués par impression 3D et ses commandes en or véritable.
La stratégie temporelle est également révélatrice : aucun autre véhicule électrique n’est prévu avant 2030. Cette approche prudente constitue un filet de sécurité. Lancer une seule proposition 100% électrique sur une décennie permet à Bentley de tester la réaction du marché sans engager toutes ses ressources. Si cette nouvelle orientation stylistique ne séduit pas la clientèle, l’entreprise disposera du temps nécessaire pour ajuster sa vision. Le constructeur britannique fait un pari audacieux en s’appuyant sur la mythologie entourant Woolf Barnato pour faciliter cette transition délicate, espérant que l’absence de mélodies mécaniques puisse être valorisée financièrement au même titre que les sonorités envoûtantes d’un moteur à combustion.












