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PDG de Renault: l’électrification totale d’ici 2035 exigée par l’UE est irréaliste

Le PDG de Renault estime la transition tout électrique trop rapide, mais continue d’innover dans ce secteur. D’un côté, François Provost critique ouvertement le calendrier européen jugé irréaliste, de l’autre, le constructeur français accélère son développement électrique avec la future Twingo et de nouvelles technologies. Cette position nuancée illustre la stratégie pragmatique du groupe qui prépare l’avenir sans précipitation, privilégiant une approche adaptée aux différents usages et segments automobiles.
La révolte contre le calendrier européen
Le directeur général de Renault vient de briser un tabou en exprimant publiquement ce que beaucoup d’acteurs du secteur automobile murmurent en privé. François Provost a clairement affirmé que l’interdiction complète des motorisations thermiques programmée pour 2035 n’est simplement pas réalisable dans les conditions actuelles du marché. Il appelle les institutions européennes à faire preuve de souplesse dans l’application de cette transition. Sans ajustement, c’est l’ensemble du secteur automobile qui pourrait s’effondrer, avec des conséquences désastreuses sur l’emploi et la production industrielle. Le dirigeant considère particulièrement problématiques les objectifs fixés pour 2030, qui contraindront les constructeurs à commercialiser au minimum 50% de véhicules électriques. Un rythme qu’il qualifie d’intenable compte tenu du contexte économique et du pouvoir d’achat actuel des consommateurs.
Pour le principal responsable du groupe au losange, une approche pragmatique s’impose. Il s’interroge sur la pertinence d’encourager l’achat de véhicules électriques massifs, alourdis par d’imposantes batteries de 100 kWh, pour des usages majoritairement urbains comme conduire les enfants à l’école, se rendre au travail ou faire quelques courses. Pour ces conducteurs, Renault soutient vigoureusement la technologie hybride rechargeable qui offre l’avantage de circuler en mode zéro émission en ville tout en conservant l’autonomie du thermique pour les trajets longue distance, sans l’anxiété liée à l’autonomie. À l’inverse, les citadines destinées principalement aux déplacements urbains représentent le segment idéal pour une transition rapide vers l’électrique pur. La vision de Renault privilégie l’adaptation de la technologie selon l’usage réel, plutôt qu’une application uniforme et contrainte de directives déconnectées des besoins concrets des automobilistes.
Renault intensifie son offensive électrique avec de nouveaux modèles
Ces critiques envers la politique européenne n’empêchent nullement le constructeur de poursuivre activement sa transformation. Au contraire, l’entreprise prépare une offensive produit majeure dans le domaine électrique. L’accueil enthousiaste réservé à la R5 électrique a d’ailleurs donné un nouvel élan aux équipes de développement. Dès mai prochain, la nouvelle Twingo électrique fera son apparition sur le marché avec l’ambition de démocratiser la mobilité électrique grâce à un prix plus accessible. Cette année verra également l’arrivée de versions d’entrée de gamme pour la R5, la R4, la Mégane et le Scénic E-Tech, toutes équipées de batteries LFP (lithium fer phosphate) nettement moins coûteuses à produire, ce qui permettra de réduire substantiellement les prix de vente.
Mais la véritable révolution technique chez Renault est prévue pour 2028. Le groupe lancera alors la seconde génération de sa plateforme AmpR Medium. Cette architecture servira de base à tous les futurs modèles familiaux de la marque. Les prochaines générations de Scénic et de Rafale, qui seront fabriquées dans l’usine espagnole de Palencia, inaugureront cette nouvelle plateforme. Le système électrique passera à 800 volts, une avancée majeure. Les coûts de production de cette plateforme devraient diminuer de 40% par rapport aux solutions actuelles, une économie considérable qui se répercutera naturellement sur les prix des véhicules. Plus innovant encore, cette architecture pourra intégrer un dispositif révolutionnaire baptisé super-hybride. Dans ce système, un moteur thermique compact fonctionnera de façon totalement isolée pour recharger la batterie pendant le trajet, sans jamais intervenir directement sur la propulsion du véhicule. Une solution d’extension d’autonomie idéale pour convaincre les derniers réticents qui craignent encore de dépendre exclusivement des infrastructures de recharge pour leurs déplacements longue distance.











