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160 000 réservations pour une voiture électrique à 20 000 € sans nouvelle

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160 000 réservations pour une voiture électrique à 20 000 € sans nouvelle

Plus de 160 000 précommandes moyennant un simple acompte de 50 dollars, la vision d’un pick-up électrique à moins de 20 000 €, un design minimaliste mais ingénieux… et depuis plusieurs mois, pratiquement aucune nouvelle. La start-up américaine Slate Auto, installée à Troy dans le Michigan, a réussi en un temps record à se positionner comme un challenger capable de concurrencer les géants Ford et General Motors sur leur propre territoire.

Soutenu par d’importants investisseurs comme Jeff Bezos et TWG Global, le projet se présente comme épuré : proposer un pick-up électrique extrêmement abordable, modulaire, produit dans l’Indiana et commercialisé dès fin 2026. Sur le principe, tous les ingrédients semblent réunis. En pratique, les communications se font rares, alimentant l’inquiétude des personnes ayant versé leurs 50 dollars (environ 47 €) en attente d’une concrétisation tangible du projet Slate Auto.

Slate Auto, le pick-up électrique modulable qui ambitionnait de révolutionner le marché

Pendant près de trois années, l’équipe de Slate Auto a travaillé discrètement à Troy, au cœur de la région historique de Detroit. La jeune entreprise s’est dévoilée au printemps 2025 lors d’un événement à Long Beach, en Californie, avec une proposition radicale : un pick-up électrique deux places volontairement dépouillé, facile à fabriquer et à entretenir. Pas de lève-vitres électriques, pas d’écran central, pas même de peinture en version standard. Le véhicule privilégie des supports pour smartphone ou tablette et des accessoires optionnels, plutôt qu’une électronique coûteuse intégrée d’origine.

Son autre atout majeur réside dans une architecture modulaire poussée à l’extrême. Dès les premiers prototypes, différentes silhouettes ont été aperçues en Californie : tantôt pick-up, tantôt SUV, parfois à hayon. Le concept permet à l’acheteur de transformer son véhicule grâce à des kits : benne ouverte, carrosserie fermée, configuration variable des sièges. Au niveau technique, Slate Auto a annoncé une batterie de 52,7 kWh pour le modèle de base, équipé d’un moteur sur l’essieu arrière développant 204 ch et 264 Nm, une autonomie d’environ 241 km, un 0 à 100 km/h en 8 secondes et une vitesse maximale de 145 km/h. Une version "long range" a également été évoquée, dotée d’une batterie de 84,3 kWh offrant jusqu’à 386 km d’autonomie et une recharge rapide à 120 kW permettant de passer de 20 à 80 % en trente minutes. Des caractéristiques cohérentes pour un utilitaire électrique abordable, sans prétendre à des performances record.

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160 000 réservations, 650 millions de dollars… puis le silence radio

Au cœur de l’engouement, se trouve principalement la promesse tarifaire. Lors du lancement, Slate Auto mettait en avant un prix de base inférieur à 20 000 dollars, incluant le crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars pour les véhicules électriques, soit environ 18 600 € après déduction (le crédit représentant près de 7 000 €). Le site officiel affichait clairement "moins de 20 000 dollars". La suppression de ce crédit d’impôt par le Congrès américain, sous l’administration Trump, a bouleversé l’équation : Slate Auto a supprimé cette mention de son site. Selon diverses sources, le prix effectif du modèle d’entrée de gamme dépasse désormais ce seuil symbolique, même si la marque continue de viser le segment le plus accessible du marché américain. L’entreprise a indiqué qu’elle dévoilerait le tarif définitif de son pick-up lors de l’ouverture des commandes fermes en ligne prévue en juin. Aucune précision n’est actuellement disponible concernant le montant final, ni sur l’écart qui le séparera d’un futur pick-up électrique Ford annoncé aux alentours de 30 000 dollars (environ 27 900 €).

Malgré ces zones d’ombre, l’intérêt a explosé. En seulement deux semaines après la présentation de 2025, Slate Auto a enregistré plus de 100 000 réservations remboursables. En décembre 2025, ce chiffre dépassait déjà les 150 000, pour atteindre plus de 160 000 réservations, chacune garantie par un dépôt de 50 dollars entièrement remboursable, soit environ 47 €. Ce mécanisme a manifestement abaissé la barrière psychologique : risque financier individuel minime, curiosité immense pour un véhicule électrique annoncé comme très abordable. Le 16 avril, la start-up a confirmé une levée de fonds de 650 millions de dollars, soit approximativement 605 millions d’euros, lors d’un tour de financement de série C dirigé par TWG Global, la société de Mark Walter et du financier Thomas Tull. Parmi les autres investisseurs figurent Jeff Bezos ainsi que les fonds General Catalyst Partners LLC et Slauson & Co. Slate Auto prévoit d’investir 400 millions de dollars (environ 372 millions d’euros) pour transformer une ancienne imprimerie de plus de 130 000 m² à Warsaw, dans l’Indiana, en site de production automobile. En mars, l’entreprise a également annoncé la nomination de Peter Faricy, ancien cadre d’Amazon et ex-directeur général de SunPower Corp., au poste de directeur général, tandis que Chris Barman conserve un rôle essentiel en tant que présidente responsable des véhicules. Sur le papier, tout semble indiquer les préparatifs d’un lancement industriel sérieux.

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Et puis, les communications se sont raréfiées. Depuis cette annonce d’avril concernant la levée de 650 millions de dollars, aucune information détaillée n’a été communiquée sur l’avancement du développement du pick-up, l’état précis de la conversion de l’usine de Warsaw ou la montée en cadence d’une éventuelle pré-série. Les premières livraisons restent officiellement programmées pour fin 2026, mais l’entreprise ne communique pas, pour l’instant, sur d’éventuels prototypes proches de la version de série, les procédures d’homologation ou les tests de validation. Aucune précision n’est fournie à ce sujet. Ce mutisme alimente les conjectures : certains analystes évoquent une possible réorientation stratégique, d’autres vont jusqu’à mentionner un risque de faillite, comme le relaient déjà plusieurs médias, tout en soulignant qu’aucune de ces hypothèses n’est confirmée.

Pour les plus de 160 000 personnes ayant versé leurs 50 dollars, le risque financier immédiat demeure faible, puisque l’acompte reste intégralement remboursable en cas de désistement. La véritable incertitude concerne plutôt le respect du calendrier et le niveau de prix final, qui ne pourra plus correspondre à la promesse initiale d’un pick-up électrique sous les 20 000 dollars depuis la disparition du crédit d’impôt. Entre des indicateurs forts de crédibilité industrielle, comme la transformation d’usine et la présence d’investisseurs de premier plan, et une communication qui s’est brusquement tarie, Slate Auto laisse aujourd’hui ses potentiels clients dans l’expectative. Une attente révélatrice de l’appétit pour un véhicule électrique véritablement abordable, mais aussi du niveau de patience des consommateurs face à un projet encore très éloigné de la phase de commercialisation.