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Comment le boom des véhicules électriques préserve ce pays de la crise

En parcourant les rues de Katmandou aujourd’hui, une transformation silencieuse mais radicale saute aux yeux : les minibus électriques sont devenus omniprésents dans le paysage urbain. D’après les autorités locales chargées de la régulation du trafic, près de 60% des minibus traversant les artères principales de la capitale népalaise fonctionnent désormais à l’électricité. Cette évolution est particulièrement remarquable pour un pays qui, il y a une décennie à peine, n’avait importé que 7 véhicules électriques.
Les statistiques récentes sont éloquentes : durant l’année fiscale 2024-2025, le Népal a importé approximativement 13 500 véhicules électriques, soit deux fois plus que les véhicules à combustion traditionnels. Le pays himalayen se positionne ainsi parmi les marchés connaissant la croissance la plus fulgurante dans ce domaine. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette transition ne résulte pas principalement d’une politique industrielle visionnaire ou d’une préoccupation environnementale collective. Elle découle avant tout d’un impératif économique fondamental.
Avec l’intensification des tensions au Moyen-Orient, les tarifs des combustibles fossiles ont pratiquement doublé au Népal. Totalement dépendant des importations pour son approvisionnement en carburant, le pays subit directement les fluctuations des cours mondiaux. La différence est flagrante pour les professionnels du transport : un conducteur de minibus électrique dépense seulement 8 dollars pour une charge complète, alors que son homologue utilisant un véhicule diesel débourse plus de 66 dollars pour un plein équivalent.
L’hydroélectricité comme colonne vertébrale
Ce qui rend l’exemple népalais particulièrement instructif (et difficilement transposable ailleurs dans sa forme actuelle), c’est la combinaison unique d’une vulnérabilité et d’un atout majeur. La vulnérabilité réside dans l’absence complète de gisements d’énergies fossiles. L’atout, lui, provient des puissants cours d’eau descendant de l’Himalaya, conférant au pays un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants au monde.
Cette ressource énergétique renouvelable et locale alimente le réseau grandissant de bornes de recharge qui s’implantent progressivement sur le territoire, rendant les déplacements longue distance en véhicule électrique de plus en plus réalisables. Sans cette ressource naturelle stratégique, la situation serait radicalement différente.
Pendant que le Bangladesh et le Pakistan, pays limitrophes, affrontent actuellement des crises d’approvisionnement en carburant obligeant leurs automobilistes à patienter de longues heures dans les stations-service, le Népal a jusqu’à présent réussi à éviter ce scénario catastrophe.
Un marché qui cherche encore ses équilibres
Malgré ces avancées, la situation présente des défis considérables. Le marché népalais dépend structurellement de la Chine, qui fournit plus des trois quarts des véhicules électriques importés. La circulation est dominée par des marques chinoises comme Joylong, Kawei et d’autres constructeurs encore peu connus en dehors du continent asiatique. Le Népal a essentiellement substitué une dépendance par une autre : des importations pétrolières aux importations automobiles.
L’engouement pour les véhicules électriques crée par ailleurs de nouvelles tensions logistiques. Des dizaines de véhicules attendent leurs formalités douanières, les délais d’attente s’allongent chez les distributeurs. Des questions cruciales comme la maintenance, l’approvisionnement en pièces détachées et la formation des techniciens spécialisés demeurent largement sans réponse dans un contexte d’infrastructures encore fragiles.
Selon les experts du domaine, le prochain défi majeur consisterait à développer l’assemblage local de véhicules électriques, afin d’éviter le simple transfert d’une dépendance vers une autre. Quelques initiatives émergent dans cette direction, mais aucun projet concret n’a encore été lancé à ce jour.













