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Batteries de voitures électriques : coûteuse solution pour stocks en excès

Dans une enquête approfondie publiée le 15 avril 2026, l’agence Reuters révèle une tendance majeure dans l’industrie des batteries pour véhicules électriques. Des acteurs comme Ford, General Motors, LG Energy Solution, Samsung SDI et Panasonic réorientent leur production vers les systèmes BESS (Battery Energy Storage Systems). Ce phénomène s’explique notamment par l’utilisation croissante des batteries pour alimenter les infrastructures d’intelligence artificielle. Aux États-Unis, les usines fonctionnent déjà ou sont en développement avec une capacité productive atteignant 275 gigawattheures.
## L’IA, débouché providentiel pour la surproduction de batteries
Pour mettre cette capacité en perspective, un seul gigawattheure permet d’équiper environ 12 500 véhicules électriques dotés de batteries de 80 kWh. La production totale prévue correspondrait donc à l’équipement de 3,4 millions de voitures annuellement. Cependant, la demande anticipée pour cette année ne dépasse pas 182 GWh, dont 37% sont destinés au stockage énergétique plutôt qu’à l’automobile. Même avec le doublement attendu de la demande automobile d’ici 2030, la surcapacité restera substantielle. Selon Benchmark Mineral Intelligence, la demande en batteries sur le continent américain atteindra 76 GWh cette année et seulement 125 GWh dans cinq ans, bien en deçà de la capacité productive.
Les centres de données IA, qui se multiplient aux États-Unis, constituent une opportunité idéale pour absorber cette production. Les batteries ne servent plus uniquement de système de secours mais permettent d’optimiser les coûts énergétiques. Deux stratégies sont couramment employées : le « valley filling », consistant à recharger les batteries durant les heures creuses à tarif réduit, et le « peak shaving », qui utilise l’énergie stockée pour atténuer les pics de consommation aux heures pleines. Ces systèmes BESS deviennent ainsi des infrastructures aussi stratégiques que des centrales électriques.
Ford a été pionnier en décembre 2025, injectant 2 milliards de dollars sur deux ans pour reconvertir son usine de Glendale au Kentucky. L’objectif est d’atteindre une production annuelle de 20 GWh de systèmes de stockage d’ici fin 2027. Cet investissement s’ajoute aux 6 milliards déjà engagés sur ce site. Ford a également cédé une seconde usine dans le Tennessee à son partenaire SK On, afin de recentrer ses efforts sur le stockage énergétique. General Motors a suivi en mars, avec un investissement de 70 millions de dollars dans son usine Ultium Cells près de Nashville, destiné à reconfigurer les lignes de production et à former le personnel, tout en maintenant son partenariat de 2,3 milliards avec LG Energy Solution.
## Une transformation industrielle complexe et onéreuse
La transition vers la production de batteries de stockage présente cependant des défis considérables. Les batteries automobiles fabriquées aux États-Unis reposent principalement sur la chimie nickel-manganèse-cobalt, optimisée pour la densité énergétique. Le secteur du stockage privilégie en revanche les batteries LFP (lithium-fer-phosphate), moins coûteuses, plus résistantes aux charges prolongées et moins sujettes à la dégradation. La conversion d’une usine peut nécessiter jusqu’à 18 mois et engendrer des coûts de plusieurs centaines de millions de dollars par site. Bob Lee, dirigeant de LG Energy Solution en Amérique du Nord, a confié à Reuters que cette transition représenterait un défi majeur pour l’industrie.
Tesla dispose d’une avance significative, produisant ses Powerwall et Megapack depuis plus d’une décennie. Tandis que Ford et GM s’efforcent de rattraper leur retard, Tesla enregistre déjà d’importantes commandes. La concurrence chinoise constitue également une pression supplémentaire, avec des fabricants comme CATL et BYD qui dominent le marché des batteries LFP. Les droits de douane imposés par Washington modifient l’équilibre concurrentiel mais ne garantissent pas la rentabilité des usines américaines.
Les constructeurs américains se trouvent donc face à un dilemme: absorber les milliards investis dans les usines comme pertes comptables, ou réorienter leur production vers d’autres marchés. Le stockage d’énergie représente clairement la seconde option, soutenu par l’explosion de la demande électrique liée à l’IA et aux énergies renouvelables. Les usines continueront de fonctionner, certes, mais pour une destination bien différente de celle initialement prévue.














