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Énergie & Recharge

Batteries : les grands acteurs quittent l’auto pour conquérir les data centers

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Batteries : les grands acteurs quittent l'auto pour conquérir les data centers

La machine industrielle chinoise, taillée pour inonder le marché de l’automobile électrique de batteries en tout genre, est en train de trouver un nouveau terrain d’expression : les infrastructures de stockage énergétique fixes, et plus particulièrement celles qui alimentent les centres de données. Alors que la capacité moyenne des accumulateurs embarqués dans nos voitures électriques a progressé de plus d’un tiers en l’espace d’une seule année pour frôler les 70 kWh, cette colossale puissance de production se tourne aujourd’hui vers des usages sédentaires et le soutien aux réseaux électriques.

Le cauchemar des variations de consommation brutales

Faire fonctionner des modèles d’intelligence artificielle générative particulièrement voraces en ressources de calcul impose des contraintes électriques sans précédent. Les processeurs graphiques dédiés à ces tâches sont capables de passer d’un état de veille quasi-total à une charge maximale en une infime fraction de seconde, générant des à-coups de tension suffisamment puissants pour déstabiliser un réseau électrique à l’échelle d’une région entière. Pour parer à ce risque, les géants du numérique ne recherchent plus seulement des solutions autonomes sur la durée, mais surtout des systèmes capables de restituer leur énergie avec une vélocité extrême. C’est précisément sur ce créneau que des fournisseurs de second rang, habitués à répondre aux exigences draconniennes de l’industrie automobile, se distinguent en proposant des cellules à fort taux de décharge, le fameux C-rate.

Rept Battero, un acteur dont le nom reste encore largement méconnu du grand public, a dévoilé une cellule de 85 Ah capable de maintenir un taux de décharge continu atteignant 10C. Concrètement, cela signifie qu’elle est en mesure de libérer l’intégralité de son énergie dix fois plus rapidement qu’un accumulateur conventionnel. Sunwoda lui répond aussitôt avec une cellule au format identique de 85 Ah, mais étalonnée à 8C, tandis qu’Eve Energy joue la carte de la flexibilité en associant des modules cylindriques de secours à des formats prismatiques. Ces composants n’ont désormais plus rien à voir avec la propulsion d’un véhicule sur plusieurs centaines de kilomètres : leur vocation est de maintenir une tension stable dans les baies de serveurs face aux brusques appels de puissance des processeurs.

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La technologie sodium face aux investissements massifs, un duel de titans

Tandis que Robin Zeng, le dirigeant de CATL, s’emploie à calmer les attentes du public concernant le calendrier réel des batteries à électrolyte solide pour la voiture, son groupe déploie en coulisses une solution particulièrement redoutable pour le stockage fixe : la technologie sodium-ion. Le géant chinois commercialise en effet des blocs sodium affichant une capacité de 300 Ah et une longévité remarquable de 15 000 cycles. Moins performants que le lithium en termes de densité énergétique — ce qui les exclut de facto des véhicules électriques grande autonomie — ces accumulateurs se révèlent particulièrement adaptés au stockage stationnaire, grâce à des coûts de production contenus et une excellente tolérance aux chocs thermiques.

Face à cette offensive du sodium portée conjointement par CATL et BYD, qui construit lui aussi ses propres bastions sur cette technologie, Panasonic a décidé de frapper fort. Le vénérable fabricant japonais engage près de 2 milliards d’euros dans la mise en place de lignes de production entièrement dédiées au stockage pour centres de données en Amérique du Nord, en s’appuyant notamment sur son site industriel du Kansas. Pour Panasonic, qui règne historiquement en maître sur le segment des alimentations de secours pour datacenters, la confrontation s’annonce particulièrement serrée sur le marché américain. Des intégrateurs locaux comme Envision Energy ou Sungrow entendent bien tenir leurs positions, d’autant que les fabricants chinois renforcent leur emprise en prenant des participations directes au capital des opérateurs de centres de données, verrouillant ainsi leurs débouchés commerciaux.