Énergie & Recharge
Comment la Russie cherche à priver Berlin d’essence, kérosène et fioul

L’Allemagne sous pression : la Russie menace l’approvisionnement pétrolier de Berlin
La Russie a identifié un nouveau levier pour exercer une pression stratégique sur l’Europe, particulièrement au moment où celle-ci s’apprête à valider une aide colossale de 90 milliards d’euros destinée à l’Ukraine, et alors que la situation tendue au Moyen-Orient complique davantage l’approvisionnement énergétique mondial. L’approvisionnement en pétrole de la raffinerie PCK est directement menacé, une installation cruciale qui fournit actuellement 90% du carburant consommé dans la capitale allemande.
Depuis le début du conflit russo-ukrainien, la raffinerie PCK (Petrolchemisches Kombinat) établie à Schwedt en Allemagne est devenue un élément stratégique majeur pour la sécurité énergétique allemande. Contrainte d’abandonner ses importations russes suite à l’invasion de l’Ukraine, cette installation s’est réorientée vers les ressources pétrolières du Kazakhstan, acheminées via l’oléoduc Droujba depuis 2023. En l’espace de trois ans, cette raffinerie située à une centaine de kilomètres de Berlin est devenue indispensable pour l’approvisionnement de la capitale allemande en produits pétroliers essentiels, notamment l’essence, le kérosène et le fioul domestique, couvrant 90% des besoins.
Selon des informations révélées par le Financial Times, Moscou envisage désormais de bloquer le transit du pétrole kazakh destiné à cette installation stratégique, une manœuvre visant clairement à mettre Berlin sous pression. Les conséquences potentielles dépassent largement le simple cadre de la métropole berlinoise : outre l’impact sur la capitale, une interruption de l’approvisionnement affecterait gravement l’aéroport international et l’ensemble de la région environnante.
Le Kazakhstan évoque des perturbations tout en déchargeant la Russie de toute responsabilité
Un haut fonctionnaire du gouvernement kazakh a confié au Financial Times que « chaque mois, la Russie transmet au Kazakhstan un programme des livraisons pétrolières transitant par son territoire. Pour le mois de mai, le terminal de Droujba n’apparaît pas dans ce calendrier ». Ce même responsable a minimisé l’impact pour son pays, soulignant que le volume exporté vers l’Allemagne représente une part relativement modeste de la production pétrolière kazakhe.
Lors d’une conférence de presse tenue à Astana, la capitale du Kazakhstan, le ministre de l’Énergie Yerlan Akkenzhenov a tenté d’écarter toute intention politique russe dans cette affaire. Selon ses déclarations, les perturbations anticipées résulteraient principalement de défaillances techniques consécutives aux attaques de drones ukrainiens contre des infrastructures énergétiques russes, renvoyant ainsi la responsabilité vers Kiev. Du côté de Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a simplement affirmé ne pas être informé de cette situation.
Une stratégie de pression énergétique déployée dans un contexte international complexe
Cette menace d’interrompre l’approvisionnement de Berlin survient à un moment particulièrement stratégique : l’Union européenne s’apprête à relancer un programme d’aide massive à l’Ukraine, évalué à 90 milliards d’euros. Depuis les récentes élections en Hongrie, où Viktor Orban a été défait par Péter Magyar, ce projet d’assistance financière européenne, jusqu’alors bloqué par Budapest, connaît un nouvel élan. Sous la présidence semestrielle chypriote du Conseil de l’UE, le processus a pu être réactivé.
Le conflit en Iran offre également à Moscou une opportunité supplémentaire pour accentuer sa pression sur l’Europe. La déstabilisation actuelle des approvisionnements pétroliers au Moyen-Orient restreint considérablement les alternatives disponibles pour les pays importateurs. Dans ce contexte, Berlin se trouve particulièrement vulnérable, contrainte d’envisager un approvisionnement de la raffinerie PCK via les ports de Rostock ou de Gdansk en Pologne, des solutions logistiquement plus complexes et coûteuses.
Les réactions à cette menace ont été immédiates. Christian Görke, député du parti de gauche Linke, n’a pas mâché ses mots : « La situation est grave, voire dramatique, pour la raffinerie PCK et l’approvisionnement énergétique d’une grande partie de l’Allemagne. Le président russe Poutine instrumentalise manifestement la situation au Moyen-Orient. »
Face à cette crise énergétique qui se profile, Lufthansa, principal transporteur aérien allemand, a déjà pris des mesures préventives drastiques en annulant plus de 20 000 vols programmés jusqu’à la mi-octobre. Cette décision, annoncée très récemment, concerne principalement des liaisons courtes, permettant ainsi d’économiser approximativement 40 000 tonnes de kérosène selon les estimations de la compagnie. Lufthansa a également annoncé le retrait de plusieurs de ses appareils emblématiques et la cessation de son service CityLine dédié aux vols de proximité.














