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Volkswagen : l’électrique peut s’imposer sans interdire le thermique

Sur le Vieux Continent, la part des véhicules à motorisation électrique dans les nouvelles immatriculations dépasse désormais légèrement les 20 % depuis le début de l’année 2026. Un chiffre en progression constante, certes, mais qui masque une réalité plus complexe : une large frange de la population reste profondément réticente à franchir le pas. Le conducteur lambda supporte de plus en plus mal l’idée qu’une échéance réglementaire viendrait lui retirer, presque de force, le droit de rouler avec un moteur à combustion qu’il connaît et apprécie depuis des décennies. Face à cette crispation croissante, certains responsables de l’industrie automobile cherchent à renouveler leur approche. Plutôt que de continuer à agiter la menace d’une interdiction imminente pour pousser les automobilistes vers l’électrique, ils militent désormais pour une stratégie fondée sur la conviction et la démonstration, sans pression ni sentiment de contrainte imposée.
La leçon oubliée du passage du cheval à l’automobile
C’est dans ce contexte que Martin Sander, le directeur des ventes et du marketing au sein du conseil de direction de Volkswagen, a choisi de s’exprimer dans les pages d’Autoexpress pour remettre les pendules à l’heure. Ce responsable s’en est pris avec une certaine véhémence à la focalisation excessive des médias et du débat public sur la future interdiction des moteurs thermiques, initialement programmée pour le milieu des années 2030. Selon lui, cette obsession collective fait bien plus de mal que de bien : elle crispe les automobilistes au lieu de les ouvrir à une discussion sereine sur ce que l’électromobilité peut réellement leur apporter. Pour illustrer son propos, il a recours à une analogie aussi simple qu’efficace : à quelle date précise a-t-on officiellement banni l’usage du cheval comme moyen de locomotion ? Personne ne peut répondre à cette question, et pour cause. Au tournant du XXe siècle, les voyageurs n’ont pas abandonné leur monture sous la contrainte d’un texte de loi. Ils ont naturellement et progressivement adopté l’automobile parce que celle-ci s’est révélée intrinsèquement plus performante, plus rapide et plus commode pour leurs déplacements quotidiens qu’un animal.
Le groupe de Wolfsburg est profondément persuadé que ce schéma historique est sur le point de se rejouer avec la transition énergétique dans le secteur automobile. La migration vers la voiture électrique ne sera véritablement durable que si elle est portée par la valeur ajoutée perçue du produit lui-même, et non par une obligation légale. En concentrant le discours sur une date butoir pour les motorisations thermiques, l’industrie commet selon Volkswagen une erreur stratégique majeure. Il paraît en effet difficile de convaincre un acheteur de franchir le saut vers une nouvelle technologie si le message dominant qu’il reçoit est que son véhicule à essence, celui avec lequel il a grandi et qu’il utilise en toute confiance depuis des années, lui sera bientôt retiré contre son gré.
Mettre en avant les bénéfices du quotidien plutôt que les obligations réglementaires
Du côté des institutions, le ton s’est quelque peu assoupli ces derniers mois sous la pression des acteurs du secteur. L’Union européenne a en effet revu sa copie et allégé ses ambitions initiales. Si l’objectif d’une réduction de 90 % des émissions de CO2 d’ici à 2035 par rapport aux niveaux enregistrés en 2021 laissera très peu de marge de survie aux motorisations thermiques, il ne constitue plus pour autant un couperet définitif et absolu. C’est précisément dans cet espace de nuance que Volkswagen entend repositionner sa communication pour réconcilier les automobilistes avec l’idée de passer à l’électrique. Plutôt que d’insister inlassablement sur le fait que les consommateurs n’auront bientôt plus d’autre option, la marque allemande préconise de recentrer entièrement le discours sur les bénéfices concrets que l’électrique peut apporter dans la vie de tous les jours.
Cette nouvelle orientation implique plusieurs leviers d’action complémentaires : un déploiement massif et fiable de bornes de recharge accessibles partout, un effort soutenu pour rendre le coût de l’énergie plus attractif, et un travail pédagogique auprès du grand public sur les plaisirs de conduite que procure la souplesse et la discrétion sonore d’un moteur électrique. Le constructeur s’appuie également sur les enseignements tirés de marchés particulièrement concurrentiels, à l’image de la Chine, qui lui servent de terrain d’expérimentation pour affiner sa stratégie de transition à destination des acheteurs européens. Le dirigeant garde cependant les pieds sur terre et reconnaît sans détour que même une fois l’échéance de 2035 passée, une petite minorité irréductible, représentant entre 3 et 5 % des acheteurs, continuera de préférer leurs moteurs à pistons et les sensations associées à la conduite thermique. Un constat qui confirme, s’il en était besoin, que l’adhésion à une révolution technologique se construit sur le désir et l’enthousiasme, jamais sur la coercition.













