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Voitures électriques : taxe de 10 % sur des milliers de modèles en 2027

Une seule ligne de l’accord post-Brexit suffit à inquiéter toute la filière automobile. À partir de 2027, de nombreuses voitures électriques qui franchissent la Manche pourraient se voir appliquer une taxe de 10 % à la frontière. La mesure n’est pas encore appliquée, mais les constructeurs ont déjà commencé à chiffrer l’addition.
L’accord de commerce et de coopération (TCA) conclu entre l’Union européenne et le Royaume-Uni prévoit des droits de douane nuls sur les automobiles. Cette exonération n’est cependant accordée que si une part importante de la valeur du véhicule est produite localement. La règle est encore plus stricte pour la batterie, qui doit être reconnue comme d’« origine UE-Royaume-Uni ». Un rapport de la London School of Economics s’appuie sur la Society of Motor Manufacturers and Traders (SMMT), pour qui les industries automobiles britannique et européenne sont « profondément interdépendantes et mutuellement bénéfiques ». C’est précisément cette interdépendance que les nouvelles règles de 2027 mettent aujourd’hui en danger.
Règles d’origine : pourquoi une taxe de 10 % se profile en 2027
Pour les véhicules électriques, le TCA a mis en place des règles d’origine plus souples jusqu’au 31 décembre 2026. Un premier durcissement devait entrer en vigueur dès 2024, mais les deux parties l’ont reporté afin d’éviter que les voitures électriques échangées entre l’UE et le Royaume-Uni ne soient immédiatement frappées de 10 % de droits. Le 1er janvier 2027, cette période transitoire prendra fin. Seuls les modèles qui respecteront les nouveaux seuils d’origine continueront de bénéficier d’un taux de 0 % sur les droits de douane. En résumé, les constructeurs devront satisfaire à trois exigences :
- au minimum 55 % de la valeur totale du véhicule doivent être originaires de l’UE ou du Royaume-Uni ;
- au minimum 70 % de la valeur du pack batterie doivent avoir la même origine ;
- au minimum 65 % de la valeur des cellules doivent aussi provenir de cette zone.
Si un seul de ces seuils n’est pas atteint, la voiture électrique perd son régime de faveur. Elle se voit alors appliquer le tarif extérieur habituel, soit 10 % de droits à l’importation, aussi bien côté européen que britannique.
Sur le papier, l’Europe a déjà commencé à construire son autonomie industrielle. Selon le rapport commandé par l’ACEA et la SMMT, les investissements engagés depuis 2017 atteignent environ 72 milliards d’euros. Cet argent a surtout servi à ouvrir de nouvelles usines de batteries et de véhicules électriques sur le continent. En 2025, ces sites représentent à peu près 250 GWh de capacité de production de cellules, soit près des deux tiers de la demande annuelle européenne. Dans les faits, la filière reste pourtant très vulnérable : les importations hors UE couvrent encore environ deux tiers de la consommation apparente de batteries lithium-ion. Autrement dit, de nombreuses voitures assemblées en Europe embarquent toujours des cellules venues d’Asie, ce qui rend plus difficile le respect des règles d’origine de 2027. Le Royaume-Uni part de plus loin, avec un tissu de production de batteries très limité. Quelques projets de grandes usines seront déterminants pour qu’il reste dans la course.
Des centaines de milliers de véhicules et des milliards d’euros menacés
D’après l’ACEA, l’Union européenne devrait expédier vers le Royaume-Uni environ 520 000 voitures et utilitaires électriques en 2027, pour une valeur proche de 17,9 milliards d’euros. Toujours selon ces projections, environ 82 % de ces volumes ne satisferaient pas aux critères d’origine. Quelque 426 000 véhicules pourraient donc être taxés à 10 %, ce qui représenterait près de 1,47 milliard d’euros de droits de douane pour la seule année 2027 et pour les seules exportations de l’UE vers le Royaume-Uni. Du côté britannique, la SMMT évoque jusqu’à 1,4 milliard de livres sterling de droits annuels, soit environ 1,6 milliard d’euros, sur les voitures électriques envoyées vers l’UE.
Le croisement des estimations de l’ACEA et de la SMMT illustre l’ampleur du problème. Parmi les véhicules couverts par leurs prévisions pour 2027, seulement 23,9 % des voitures 100 % électriques répondraient aux nouvelles règles d’origine. Pour les hybrides rechargeables, cette proportion chuterait à 1,7 %. Pour l’acheteur, une taxe de 10 % se fait vite sentir : les scénarios européens du rapport évoquent un renchérissement pouvant aller jusqu’à environ 4 100 euros sur certains modèles, si le constructeur répercute l’intégralité de la facture. Un tel surcoût fragiliserait les modèles européens face aux marques chinoises, déjà bien implantées sur le marché britannique de l’électrique.
Cette pression sur les prix survient au pire moment pour des chaînes de valeur étroitement imbriquées. En 2025, les véhicules constituaient déjà le premier poste d’exportation de marchandises de l’Union européenne vers le Royaume-Uni, avec environ 55,8 milliards d’euros, soit 16,2 % de l’ensemble des biens vendus sur ce marché. La SMMT rappelle par ailleurs que près de 60 % des véhicules exportés par le Royaume-Uni partent vers l’UE. D’après les entretiens cités dans le rapport, un seul constructeur pourrait déjà être exposé à plus d’un milliard de livres de droits potentiels si rien ne change dans son approvisionnement. Face à ces chiffres, les industriels interrogés par la London School of Economics réclament tous la même chose : « un partenariat UE-Royaume-Uni coordonné couvrant le commerce, les minéraux critiques et les batteries, soutenu par des cadres pluriannuels prévisibles ». Selon eux, ce partenariat doit d’abord traiter les règles d’origine de 2027 comme un enjeu commun, et s’accompagner d’une feuille de route partagée sur les batteries, de la fabrication des cellules jusqu’au recyclage. Côté européen, plusieurs acteurs souhaitent aussi que le contenu britannique soit comptabilisé comme européen dans les futurs dispositifs « Made in Europe ». Le calendrier est serré avant le 1er janvier 2027, et ni la transition électrique ni la concurrence mondiale ne prendront de pause d’ici là.













