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Hydrogène au Dakar : Toyota veut prouver l’avenir de cette technologie

Visualisez un pick-up fonçant à tombeau ouvert sur les pistes sablonneuses du désert, ne laissant derrière lui qu’un imperceptible filet de vapeur d’eau. C’est le pari audacieux que s’apprête à relever Toyota sur la compétition de rallye-raid la plus mythique de la planète. Loin d’être une simple opération de communication, il s’agit d’une véritable aventure technologique. Pendant que la plupart des constructeurs concentrent leurs efforts sur les véhicules à batteries, le géant japonais persiste et signe en remettant l’hydrogène au cœur de sa stratégie. C’est le Dakar 2027 qui servira de terrain d’expérimentation, une épreuve dont la rudesse climatique et géographique constitue un test ultime pour n’importe quelle technologie.
Pour cette 49e édition, le Dakar se déroulera du 1er au 15 janvier 2027 en Arabie saoudite, Toyota prendra le départ avec une version très particulière de son célèbre Hilux, inscrit dans le cadre du programme expérimental Mission 1000. Ce véhicule, baptisé DKR GR FC Hilux, abandonne entièrement la motorisation thermique au profit d’une pile à combustible alimentée à l’hydrogène. Pourquoi ce laboratoire à quatre roues suscite-t-il autant d’intérêt de la part du constructeur nippon, alors même que la pertinence de l’hydrogène dans l’automobile est régulièrement remise en question ? Le programme prévoit un total de 8 390 km, dont 5 320 km disputés contre la montre, répartis sur quatorze journées de course, prologue inclus.
Le DKR GR FC Hilux, un prototype à hydrogène qui transforme le Dakar en banc d’essai géant
D’un point de vue technique, le DKR GR FC Hilux s’appuie sur la plateforme du Hilux déjà engagé en catégorie reine T1+. La différence fondamentale réside dans sa chaîne de traction : exit le moteur à combustion interne, place à un système de pile à combustible fonctionnant à l’hydrogène. Concrètement, ce Hilux nouvelle génération ne rejettera à son échappement que de l’eau pure. Pour autant, l’ambition de Toyota dépasse largement le simple fait d’atteindre l’arrivée dans les dunes saoudiennes. Le constructeur entend exploiter cette campagne sportive pour faire progresser plusieurs aspects critiques de la technologie : la miniaturisation de la pile, l’efficacité de son refroidissement en conditions extrêmes, sa fiabilité sur la durée et l’optimisation de la gestion de l’énergie embarquée.
Le prototype est d’ores et déjà en phase de développement actif, principalement en Belgique, où se déroulent les premiers roulages et la mise au point de l’ensemble mécanique. Sur le rallye, ce Hilux atypique concourra dans la catégorie Dakar Future Mission 1000, une classe dédiée exclusivement aux véhicules de recherche et d’expérimentation. Ce format propose environ un millier de kilomètres au total, avec une centaine de kilomètres quotidiens parcourus sur des terrains aussi exigeants que ceux empruntés par les concurrents du classement général. Toyota espère pouvoir tirer des enseignements concrets de cette expérience pour les intégrer dans ses futurs modèles de grande série. La marque vise également des applications bien au-delà du seul secteur automobile.
Des buggys HySE au Hilux FCEV : la stratégie hydrogène de Toyota se déploie course après course
Ce Hilux à pile à combustible ne surgit pas de nulle part. Toyota a déjà engrangé une précieuse expérience avec l’hydrogène au Dakar, notamment à travers les buggys du programme HySE. Lors de l’édition 2024, le HySE-X1, équipé d’un moteur fonctionnant à combustion d’hydrogène, avait parcouru 925 km du parcours Mission 1000, représentant 90 % de la distance totale. Ce coup d’essai s’était soldé par une satisfaisante quatrième place dans sa catégorie, après une course presque intégralement menée à son terme. L’année suivante, le HySE-X2 avait franchi une nouvelle étape en bouclant la totalité des 1 120 km prévus, décrochant au passage la deuxième position de sa classe. Ce second opus bénéficiait d’une dotation en carburant élargie avec quatre réservoirs pressurisés à 70 MPa, 7,2 kg d’hydrogène disponibles, et un moteur offrant des performances accrues.
Avec le DKR GR FC Hilux, Toyota opère un changement de paradigme en délaissant la combustion directe d’hydrogène au profit de la technologie pile à combustible. Cette évolution s’inscrit dans une feuille de route plus large qui comprend notamment le prototype TR LH2 dévoilé lors des 24 Heures du Mans 2026. En parallèle, le projet Hilux FCEV et l’initiative Hydrogen Factory Europe travaillent activement en Europe au développement d’une pile à combustible de troisième génération, attendue pour 2027. Certes, des voix critiques comme des ONG et des spécialistes rappellent régulièrement que le bilan énergétique de l’hydrogène reste moins favorable que celui d’un véhicule tout électrique à batterie. Mais Toyota utilise précisément ces grandes épreuves sportives pour évaluer la pertinence réelle de cette technologie dans des scénarios d’utilisation intensive et pour des véhicules aux gabarits importants.













