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Leasing social élargi pour voitures électriques à prix réduit : déjà critiqué

La mobilité électrique accessible s’apprête à faire son grand retour en France avec une nouvelle formule élargie du dispositif gouvernemental. L’exécutif ambitionne cette fois de doubler la mise en proposant 100 000 véhicules à tarif préférentiel, avec des mensualités oscillant entre 100 et 150 euros sans apport initial. Cette initiative cible désormais aussi les « gros rouleurs » de la classe moyenne, particulièrement affectés par la hausse constante des prix des carburants.
Le déploiement s’effectuera en deux phases distinctes : dès juillet, 50 000 véhicules seront proposés aux foyers aux revenus modestes, suivis d’une seconde vague destinée aux personnes parcourant quotidiennement d’importantes distances. Toutefois, malgré l’attractivité apparente de cette offre, le secteur de la distribution automobile exprime déjà des réserves significatives quant à sa mise en œuvre.
Leasing social relancé : un dispositif renforcé avec une cible élargie
Le mécanisme demeure similaire aux précédentes éditions : une location longue durée fortement subventionnée permettant d’abaisser considérablement le coût mensuel pour l’utilisateur. La première phase cible toujours les ménages disposant de moins de 2 200 euros de revenus mensuels moyens, soit environ la moitié des foyers français, comme l’a précisé Maud Brégeon, porte-parole du gouvernement.
Le soutien financier connaît une évolution notable cette année : la subvention de base de 6 500 euros peut être majorée de 500 euros supplémentaires si la motorisation provient d’Europe, auxquels s’ajoutent potentiellement 2 000 euros si les batteries sont également produites sur le continent. L’aide totale pourrait donc atteindre 9 500 euros par véhicule.
L’enveloppe globale consacrée à cette opération s’élève à 401 millions d’euros, en augmentation par rapport aux 369 millions mobilisés l’an dernier, financée via des certificats d’économie d’énergie. L’innovation majeure réside dans l’élargissement du dispositif à une nouvelle catégorie : les conducteurs parcourant quotidiennement de longues distances et dont les revenus se situent entre 2 000 et 3 000 euros nets mensuels. L’exécutif vise explicitement « ces Français de la classe moyenne effectuant plusieurs dizaines de kilomètres quotidiennement, pour qui le véhicule constitue un outil professionnel indispensable ».
Les critères précis concernant le kilométrage restent à définir. Dans ce contexte, la flambée actuelle des prix à la pompe pourrait renforcer l’attractivité du programme. Comme l’observe Christophe Michaeli, directeur du marché automobile chez BNP Paribas Personal Finance : « La conjoncture internationale va probablement accroître l’intérêt pour ce leasing social. Les personnes hésitantes lors des précédentes phases pourraient désormais y voir une opportunité intéressante. »
Un vivier de clients plus restreint qu’en apparence
La question centrale demeure : trouvera-t-on suffisamment de candidats pour remplir ce contingent doublé, alors que l’édition précédente montrait déjà des signes d’essoufflement ? Un professionnel du secteur analyse la situation : « Le lancement a été très dynamique car nous avions constitué des bases de prospects pendant des mois auparavant. Mais ensuite, le rythme s’est nettement ralenti. Le bassin de clients potentiels n’est pas inépuisable. » Entre les conditions de revenus, l’obligation de justifier d’au moins 15 kilomètres entre domicile et lieu de travail, et la nécessité d’accepter la transition vers l’électrique moyennant 100 à 200 euros mensuels, le public réellement éligible reste plus limité qu’il n’y paraît.
Du côté des réseaux de distribution, l’enthousiasme fait défaut. Marc Bruschet indique avoir découvert cette troisième phase par voie médiatique et redoute un effet paralysant sur l’ensemble du marché, « car tous les acheteurs potentiels de véhicules électriques risquent d’attendre juillet pour vérifier leur éligibilité aux aides. » Les professionnels soulignent également une problématique majeure : la dépréciation plus importante que prévu des véhicules électriques en fin de contrat, pouvant engendrer des pertes de plusieurs milliers d’euros par unité.
Un équilibre économique fragilisé pour les réseaux de distribution
Lors de la précédente édition, nombreuses étaient les marques ayant accepté d’assumer ce risque financier. Aujourd’hui, les concessionnaires formulent des exigences précises : « Cette prise en charge doit désormais être systématique, plaide Marc Bruschet. Par ailleurs, on nous demandait également d’avancer la trésorerie correspondant aux subventions, mais notre situation financière ne le permet plus. Sans évolution sur ces deux aspects, nous risquons d’assister à un blocage de la distribution automobile concernant cette troisième phase du leasing social. » En définitive, pour que la promesse d’une mobilité électrique économiquement accessible se concrétise, il faudra impérativement convaincre les acteurs en première ligne de sa commercialisation.














