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Voitures électriques : ce pays mise tout malgré les coupures de courant

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Voitures électriques : ce pays mise tout malgré les coupures de courant

Au Nigeria, la flambée spectaculaire du prix des carburants à la pompe — multipliés par plus de sept depuis 2023 sous l’effet conjugué de la fin des subventions étatiques, d’une inflation galopante et d’une instabilité géopolitique persistante — pousse un nombre croissant d’automobilistes à envisager sérieusement le passage à l’électrique. La prise de courant commence à l’emporter sur le pistolet à essence, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

Car le paradoxe est bien là : le Nigeria est le premier producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, et pourtant ses habitants fuient l’essence. Le pays souffre par ailleurs d’un réseau électrique extrêmement défaillant, héritage de décennies de mauvaise gouvernance du secteur énergétique. Quelque 90 millions de Nigérians n’ont toujours pas accès à l’électricité, d’après les estimations de la Banque mondiale. La situation est telle que certains propriétaires de véhicules électriques sont contraints de recharger leur batterie via un générateur fonctionnant au diesel. L’empreinte carbone de l’opération laisse alors à désirer, même si, sur le plan strictement économique, la facture reste bien en deçà de celle d’un plein d’essence classique.

Un réseau de recharge qui part de presque zéro

À Abuja, la capitale fédérale, un projet de station de recharge est en cours de construction dans le secteur huppé de Maitama. Derrière cette initiative, on trouve Mosope Olaosebikan, directeur général de NEV Electric, qui affiche des ambitions considérables : recharger jusqu’à 3 000 véhicules par jour grâce à une combinaison d’énergie solaire, de gaz naturel comprimé et d’une connexion au réseau national en complément. Un projet audacieux dans un pays où les infrastructures dédiées à la mobilité électrique en sont encore à leurs tout premiers pas.

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Les autorités fédérales ont bien tenté d’envoyer quelques signaux encourageants : depuis le mois de juillet, les véhicules électriques importés bénéficient d’une exonération de droits de douane, et ils échappent également aux nouvelles taxes environnementales frappant les SUV et camions à moteur thermique. Ces mesures existent, mais elles ne constituent pas encore une véritable politique industrielle structurée. Quant à l’objectif officiel visant un parc automobile pratiquement intégralement électrifié d’ici à 2060, il ressemble davantage à une déclaration de principe qu’à une feuille de route concrète et opérationnelle.

La voiture électrique pour une minorité, le bus électrique pour les autres

La réalité socio-économique du Nigeria impose ses limites : avec plus de 60 % de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, l’acquisition d’un véhicule électrique individuel demeure un luxe inaccessible pour l’immense majorité des habitants. C’est donc du côté des transports en commun que la transition électrique produit déjà ses premiers effets tangibles. Dans la ville de Maiduguri, au nord-est du pays, l’État de Borno a mis en circulation des bus électriques proposés à des tarifs très abordables, ouvrant ainsi une voie concrète vers une mobilité plus propre pour les populations les plus modestes.

Pour ceux qui vivent en zones isolées, alimentés uniquement par des installations solaires autonomes, le véhicule hybride s’impose comme le compromis le plus réaliste. Entre certaines villes, il n’existe pas la moindre borne de recharge sur des trajets de plus de deux cents kilomètres : le tout-électrique devra attendre que les infrastructures routières soient enfin équipées en conséquence. C’est peut-être là que se trouve la véritable leçon à tirer de l’expérience nigériane : la transition vers la mobilité électrique ne se proclame pas depuis les salles de conférence des capitales, elle se construit patiemment, en composant avec les réalités et les contraintes du terrain. Et au Nigeria, ces contraintes sont particulièrement nombreuses — sans doute plus qu’ailleurs dans le monde.