Auto
Voitures électriques les plus chères : Ferrari, Rolls-Royce, Lamborghini

En l’espace de quelques semaines seulement, le segment du luxe automobile électrique a connu deux secousses majeures. Le 25 mai 2026, la Scuderia Ferrari levait le voile sur la Luce lors d’une cérémonie organisée à Rome, révélant son tout premier modèle entièrement propulsé par des batteries, proposé à 550 000 euros. Une quinzaine de jours après, c’est au Festival of Speed de Goodwood que Rolls-Royce présentait une version profondément remaniée de sa Spectre, l’unique coupé zéro émission de la marque, à destination d’une clientèle disposée à investir plus de 300 000 euros dans un véhicule d’une discrétion sonore absolue.
Parallèlement, des hypercars électriques produites en séries infinitésimales s’affichent à plusieurs millions d’euros, quand d’autres constructeurs prestigieux choisissent de temporiser, voire de rejeter catégoriquement la transition vers le tout-électrique. De la barchetta italienne frôlant les 5 millions de dollars aux berlines développant plus de 1 000 chevaux, le cercle très fermé des voitures électriques les plus onéreuses de la planète demeure minuscule, mais il dessine en filigrane ce que pourrait être le luxe automobile de demain. Tour d’horizon chiffré de celles qui trônent au sommet de cette hiérarchie ultra-exclusive.
Les hypercars électriques, véritables reines du classement
Au sommet absolu de cette pyramide, une poignée de machines conçues davantage comme des œuvres d’art motorisées que comme de simples automobiles. L’Automobili Pininfarina B95 s’impose comme la référence incontestée : cette barchetta à propulsion électrique, dérivée de la Battista, est annoncée aux alentours de 4,8 millions de dollars, soit approximativement 4,4 millions d’euros, et ne sera construite qu’à dix exemplaires. À ce niveau de prix, la performance pure passe au second plan ; l’essentiel réside dans la possession d’un objet quasi unique, une sculpture roulante destinée à orner les garages les plus exclusifs du monde.
- Automobili Pininfarina B95 : environ 4,8 millions de dollars (près de 4,4 millions d’euros), production limitée à dix unités.
- Aspark Owl : aux alentours de 2,9 millions d’euros, équipée de quatre moteurs électriques totalisant près de 1 985 chevaux, capable d’abattre le 0 à 100 km/h en 1,72 seconde et d’atteindre une vitesse théorique de 415 km/h, avec un record chronométré à quelque 438 km/h.
- Rimac Nevera : autour de 3,1 millions de dollars (environ 2,9 millions d’euros), 1 888 chevaux, 0 à 100 km/h expédié en à peine 1,8 seconde, une vingtaine de records d’accélération à son palmarès et un tour du Nürburgring bouclé en 7 minutes et 5 secondes, record pour une électrique.
- Lotus Evija : un tarif similaire, avoisinant les 3,1 millions de dollars, environ 2 000 chevaux et un 0 à 100 km/h inférieur à 3 secondes.
- Nio EP9 : aux alentours de 3,5 millions de dollars (un peu plus de 3,2 millions d’euros), une puissance d’environ 1 000 kW et un sprint de 0 à 100 km/h réglé en 2,7 secondes.
- Automobili Pininfarina Battista : environ 2,5 millions d’euros, 1 874 chevaux, 0 à 100 km/h en 1,86 seconde, partageant sa plateforme technique avec la Nevera de Rimac.
L’échelon immédiatement inférieur demeure tout aussi inaccessible pour l’écrasante majorité des conducteurs. La Deus Vayanne viserait les 2 millions de dollars (environ 1,8 million d’euros), avec 2 243 chevaux et un 0 à 100 km/h en 1,99 seconde, le tout limité à 99 exemplaires. La Hispano Suiza Carmen Boulogne se positionne autour de 1,65 million d’euros, revendiquant 1 114 chevaux et un 0 à 100 km/h expédié en moins de 2,6 secondes. La Drako GTE, berline à quatre moteurs, dépasse quant à elle le million d’euros pour 1 200 chevaux et une vitesse de pointe annoncée à 332 km/h. Même la Ferrari Luce, à 550 000 euros, paraît presque sage face à cette escalade vertigineuse des tarifs.
Ferrari Luce, Rolls-Royce Spectre, Lucid : l’ultra-luxe entre 200 000 et 600 000 euros
Avec la Ferrari Luce, Maranello a choisi d’entrer dans l’ère de la propulsion électrique sans la moindre concession sur l’image. Dévoilée le 25 mai 2026 sous la voûte de la Vela de Calatrava à Rome, cette Gran Turismo 100 % batterie embarque quatre moteurs électriques indépendants, développe 1 113 chevaux en mode boost, revendique une vitesse maximale supérieure à 310 km/h et une autonomie de 531 kilomètres mesurée selon le protocole WLTP. Sa batterie de 122 kWh, fournie par le coréen SK On et assemblée directement dans l’usine de Maranello, accepte une puissance de recharge allant jusqu’à 350 kW, permettant de récupérer l’équivalent de 300 kilomètres d’autonomie en une vingtaine de minutes. Proposée dès 550 000 euros, la Luce est aussi la Ferrari de grande série la plus lourde jamais construite avec ses 2 260 kilogrammes, ainsi que la première à offrir cinq places assises, dans une carrosserie dont le design a été en partie confié à Jony Ive, figure fondatrice du collectif créatif LoveFrom. Les premières livraisons sont attendues en octobre 2026 en Italie, début 2027 pour le reste de l’Europe, puis au printemps 2027 outre-Atlantique.
Du côté de Goodwood, la Rolls-Royce Spectre emprunte une trajectoire différente. La Series II, présentée début juin 2026, demeure le seul coupé zéro émission au catalogue de la marque, mais progresse significativement sur le plan de l’autonomie, désormais portée à 628 kilomètres WLTP, soit une amélioration de 18 % par rapport à la version initiale qui plafonnait à 530 kilomètres. La puissance grimpe à 659 chevaux en version standard et à 670 chevaux en finition Black Badge, avec un couple de 1 100 Nm et une recharge de 10 à 80 % accomplie en moins de trente minutes. Le programme de personnalisation Bespoke, déjà poussé à l’extrême, a encore été enrichi, pour un prix d’accès en Europe situé autour de 355 000 euros avant options. Dans un registre comparable, la Lucid Air Sapphire, accessible à partir de 250 000 euros, développe 1 251 chevaux, boucle le 0 à 100 km/h en 2 secondes, atteint 330 km/h en pointe et annonce 694 kilomètres d’autonomie WLTP, distinctions couronnées par le titre de German Performance Car of the Year 2026. La Porsche Taycan Turbo GT, facturée à partir de 248 000 euros sur le marché français, aligne 1 108 chevaux et a signé un chrono de 6 minutes, 55 secondes et 533 centièmes sur la boucle nord du Nürburgring avec le kit Manthey, après un premier passage à 7 minutes, 7 secondes et 55 centièmes qui battait déjà la Tesla Model S Plaid de 18 secondes. Légèrement plus accessible tout en restant très élitiste, la Lotus Emeya R gravite autour des 155 000 euros pour 918 chevaux, un 0 à 100 km/h en moins de 2,8 secondes, 610 kilomètres d’autonomie WLTP et une architecture 800 volts autorisant une recharge de 10 à 80 % en seulement quatorze minutes à 350 kW, tandis que la variante Emeya 600 GT développe 612 chevaux pour un tarif de 111 995 euros.
Jaguar, Bentley… et Lamborghini, des stratégies radicalement opposées face à l’électrique
Alors que l’Agence Internationale de l’Énergie anticipe qu’une voiture neuve sur trois commercialisée dans le monde sera électrique en 2026, la croissance globale du marché marque le pas à 12 %, contre 23 % l’année précédente. Ce recul ne touche toutefois pas les mêmes profils d’acheteurs : ceux qui consentent à dépenser plus de 300 000 euros dans une automobile disposent généralement de garages privés, de flottes gérées par des professionnels et de conseillers patrimoniaux qui arbitrent leurs investissements avec soin. Dans ce contexte particulier, Jaguar avait présenté en décembre 2024 à la Miami Design Week le concept-car Type 00, davantage exercice de style spectaculaire qu’automobile en mesure de rouler, avant d’officialiser en mai 2026 la Type 01, sa version de série attendue pour 2027. Les ambitions affichées sont considerables : plus de 1 000 chevaux, 770 kilomètres d’autonomie WLTP et un prix de départ autour de 130 000 dollars (environ 120 000 euros), avec la volonté de repositionner la marque au Jagard dans l’univers du super-luxe électrique, en concurrence directe avec Bentley et Rolls-Royce. Bentley, de son côté, prépare un premier SUV intégralement électrique dont les images officielles ont été diffusées en mai 2026, avec des livraisons planifiées pour 2027 et des prototypes déjà aperçus en phase de développement sur le circuit du Nürburgring, tout en maintenant ses motorisations hybrides rechargeables jusqu’en 2035 dans le cadre de sa stratégie Beyond100+, convaincu qu’une partie significative de sa clientèle n’est pas encore disposée à tourner définitivement le dos aux moteurs thermiques.
Lamborghini, elle, affiche une position encore plus tranchée. En février 2026, la marque de Sant’Agata a officiellement abandonné le projet Lanzador, qui aurait dû constituer son premier modèle 100 % électrique. L’intérêt manifesté par les clients pour une Lamborghini à batterie serait « proche de zéro », selon les termes de Stephan Winkelmann, qui n’a pas hésité à qualifier le développement d’un tel véhicule de « passe-temps coûteux ». La marque mise désormais sur l’hybridation rechargeable pour l’ensemble de sa gamme, avec une première nouveauté attendue en 2030, partant du postulat que sa clientèle achète avant tout le bruit, la brutalité sensorielle et l’excès comme attributs consubstantiels à l’expérience Lamborghini. Là où Ferrari peut se permettre de changer de paradigme motorologique en s’appuyant sur un prestige suffisamment ancré pour absorber une telle rupture, Lamborghini préfère attendre que la demande client rende l’électrique incontournable. Dans un paysage où les voitures électriques ultra-luxe franchissent déjà allègrement plusieurs millions d’euros, la question de savoir quelle place occupera un jour un modèle de Sant’Agata dans ce classement très fermé reste l’une des grandes énigmes du marché automobile premium.













