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Hyundai veut recréer le plaisir des boîtes manuelles en électrique

Dans nos voitures contemporaines, le numérique a peu à peu pris le dessus sur le mécanique. Les tableaux de bord à aiguilles ont cédé leur place aux dalles tactiles, les bruits de moteur sont désormais parfois diffusés artificiellement via des enceintes, et certains détails stylistiques ne sont plus que de pures références esthétiques sans fonction réelle. Cette transformation s’inscrit naturellement dans la dynamique de l’électrification, mais elle génère également une forme de frustration chez bon nombre d’enthousiastes, pour qui le plaisir derrière un volant a toujours été intimement lié à des ressentis bien concrets et palpables.
Face à ce glissement progressif vers l’abstraction sensorielle, certains constructeurs cherchent activement de nouveaux moyens de redonner de l’âme à la conduite. Hyundai est précisément l’un de ceux qui refusent de considérer que la technologie et les performances suffisent à elles seules à combler un conducteur passionné. Le fabricant sud-coréen planche en ce moment sur un dispositif pour le moins surprenant : un sélecteur de vitesses entièrement électronique, conçu pour reproduire avec une fidélité remarquable les sensations procurées par une vraie boîte à commande manuelle. Une démarche qui pourrait sembler contradictoire à l’ère du tout-connecté, mais qui illustre surtout une conviction profonde : quels que soient les progrès techniques, l’engagement physique du conducteur reste un ingrédient indispensable au plaisir de conduite.
Une simulation mécanique d’un réalisme déconcertant
C’est l’office américain des brevets qui vient de lever un coin du voile. Hyundai y a en effet soumis un dossier extrêmement fouillé décrivant un levier de vitesses entièrement électronique, sans aucune connexion physique avec la transmission. Il s’agit concrètement d’une architecture de type shift-by-wire, poussée à son paroxysme puisqu’elle cherche à imiter avec une précision chirurgicale le comportement d’une authentique boîte manuelle. Ce qui distingue fondamentalement ce dispositif d’un vulgaire joystick planté au centre de la console, c’est l’ingéniosité de sa conception interne. Les équipes d’ingénieurs ont combiné ressorts, rails de guidage et composants magnétiques pour restituer avec exactitude la résistance au toucher et les sensations caractéristiques d’un vrai levier mécanique.
Mais le constructeur ne s’est pas arrêté à mi-chemin. Pour que la mise en scène soit totalement convaincante et que l’illusion tienne la route, un dispositif simulant une pédale d’embrayage a également été prévu, comme le précise le média spécialisé Carbuzz. En mode automatique, le conducteur dispose de deux chemins de sélection pour passer en marche avant ou arrière, sans autre contrainte. En revanche, dès lors que cette fausse pédale gauche est enfoncée avec insistance, l’interface bascule en mode manuel, révélant alors sept positions distinctes — marche arrière incluse — et autorisant le conducteur à jongler avec six rapports simulés, comme au temps béni des grandes mécaniques atmosphériques. Le niveau de détail va même jusqu’à reproduire un point mort si jamais le levier se retrouve en position intermédiaire entre deux vitesses.
Un dispositif aux ambitions bien plus larges que la seule voiture électrique
Quiconque a déjà eu l’occasion de pousser une Ioniq 5 N dans ses retranchements sait pertinemment que Hyundai ne prend pas à la légère la question des sensations artificiellement recréées. Les à-coups simulés lors des passages de rapports et les coupures de couple factices ont déjà su tromper plus d’un pilote averti. Ce nouveau brevet s’impose donc comme le prolongement naturel et cohérent de cette philosophie bien particulière. Ce qui frappe davantage encore à la lecture attentive de ce document technique, c’est qu’aucune motorisation spécifique n’y est mentionnée comme condition d’application. Le groupe coréen se garde manifestement bien de cantonner cette innovation aux seuls véhicules à propulsion électrique.
À y regarder de plus près, on comprend que ce système sophistiqué pourrait tout aussi bien faire son apparition dans l’habitacle des prochaines sportives thermiques ou hybrides estampillées division N. Genesis, le label premium du groupe Hyundai, représente lui aussi un terrain de jeu particulièrement adapté pour accueillir une telle technologie sur ses futurs modèles haut de gamme. Si Porsche et Koenigsegg avaient déjà commencé à explorer des pistes voisines sur le plan conceptuel, la firme asiatique semble aujourd’hui résolument déterminée à franchir le cap de l’industrialisation, avec l’ambition claire de démocratiser cette expérience auprès d’un public bien plus large.













