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Ferrari Luce : Jony Ive défend son design controversé, mais convaincra-t-il ?

Ferrari a construit sa légende sur des voitures que l’on identifie au premier regard, mais son premier modèle 100 % électrique divise. Avec la Luce, la marque de Maranello s’éloigne nettement de ses codes stylistiques traditionnels, au point de nourrir des comparaisons peu flatteuses sur les réseaux sociaux. Son concepteur, lui, revendique ce virage et affirme que les photos ne montrent pas la voiture sous son meilleur jour.
Jony Ive défend une Ferrari qui ne ressemble à aucune autre
Le 7 octobre, à Turin, Jony Ive a pris la parole pour défendre le travail de son studio LoveFrom, mené avec Ferrari. Invité de l’événement technologique Wave by Vento, aux côtés de John Elkann, président du constructeur italien, le designer britannique a rappelé qu’un objet différent n’est pas forcément un objet réussi. Tout l’enjeu est de transformer cette différence en véritable avancée, et c’est justement ce qu’il dit avoir poursuivi avec la Luce. Sa réaction n’a rien de surprenant : lors de son dévoilement en mai 2026, la voiture avait suscité un flot de critiques. Certains internautes y voyaient une cousine de la Nissan Leaf, d’autres une berline électrique généraliste, très loin des proportions et du tracé que l’on associe d’ordinaire à une Ferrari. Les investisseurs n’avaient pas été plus indulgents : le titre du constructeur avait cédé près de 8 % après la présentation.
Cet accueil glacial ne suffit pourtant pas à enterrer le projet. La Luce est une grande routière à quatre portes et cinq places, pensée pour un usage bien éloigné de celui d’une berlinette sportive. Ses proportions, ses larges surfaces vitrées et ses lignes plus dépouillées découlent en partie de cette architecture inédite. Ferrari ne s’est donc pas contentée de reprendre une sportive thermique en substituant une batterie au moteur. Les équipes de LoveFrom et de Ferrari ont travaillé pendant cinq ans sur ce modèle. L’objectif : bâtir une identité visuelle et une expérience à bord cohérentes, plutôt que d’empiler des écrans et des interfaces numériques sur une voiture déjà existante. Jony Ive martèle que le jugement évolue quand on découvre la voiture en vrai. L’argument ne manque pas d’intérêt, mais il reste à confirmer à bien plus grande échelle.
Une Ferrari électrique qui cherche à marier technologie et émotion
L’habitacle constitue l’autre singularité de la Luce. Là où beaucoup de constructeurs ont peu à peu remplacé les boutons par des surfaces tactiles, Ferrari prend la direction opposée. L’auto garde des commandes physiques : molettes et boutons sont conçus pour être manipulés sans quitter la route des yeux. Le volant fait appel à de l’aluminium recyclé usiné, ce qui illustre l’importance accordée aux matériaux et à la précision mécanique. Cette démarche colle à la philosophie de Jony Ive, dont le passage chez Apple a marqué des produits comme l’iPhone, le MacBook ou l’Apple Watch. Son travail chez Ferrari ne revient pourtant pas à greffer l’esthétique d’un smartphone dans une automobile. Il s’agit plutôt de repenser la façon dont le conducteur dialogue avec sa machine.
Sous la carrosserie, la fiche technique est à la hauteur du cheval cabré. La Luce embarque quatre moteurs électriques totalisant jusqu’à 1 035 ch, une batterie de 122 kWh et une architecture de 800 volts. Ferrari revendique un 0 à 100 km/h en 2,5 secondes ainsi qu’une autonomie d’environ 530 kilomètres. En recharge rapide, la puissance peut grimper jusqu’à 350 kW dans de bonnes conditions. Affichée à partir de 550 000 euros, elle évolue évidemment dans un univers très éloigné de celui des électriques ordinaires. À ce niveau de prix, les performances ne font pas tout : l’exclusivité, l’image de marque, la qualité de fabrication et l’émotion pèsent tout autant. Jony Ive admet d’ailleurs que les designers ne peuvent pas décider à la place du public de ce qu’il aimera. Il ne prétend pas non plus que la Luce incarne à elle seule l’avenir de Ferrari : il la décrit comme une pièce de cet avenir.













