Auto
Moteur électrique vs thermique : le match vient peut-être de basculer

Pendant des années, le même argument revenait en boucle dans les conversations entre automobilistes : rouler en véhicule électrique représentait un investissement bien supérieur à celui d’une bonne vieille motorisation thermique. Un frein psychologique et financier suffisamment puissant pour pousser de nombreux conducteurs à repousser leur transition vers le zéro émission, dans l’attente de conditions plus favorables. Pourtant, les dernières données disponibles sur le marché hexagonal viennent bousculer cette conviction bien ancrée. Pour la toute première fois, la comparaison tarifaire entre électrique et thermique tend réellement à s’équilibrer. Si bien que la vraie question n’est plus de savoir si l’électrique deviendra accessible, mais bien de déterminer qui débourse effectivement le moins, et à quel stade du cycle de vie du véhicule.
L’Institut Mobilités en Transition, qui scrute l’évolution des prix depuis 2019, vient de publier un baromètre particulièrement instructif. Celui-ci met en regard le tarif d’acquisition moyen des modèles électriques, hybrides et thermiques, tout en intégrant leur coût d’usage réel. Ce panorama couvrant la période 2019‑2025 dessine des courbes qui divergent nettement, révèle une production française à deux vitesses, et ébranle des certitudes longtemps considérées comme immuables. Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut plonger dans les chiffres, segment par segment, et observer ce que les données de prix révèlent vraiment lorsqu’on les analyse avec précision.
Électrique et thermique : des évolutions tarifaires aux antipodes
Sur la période allant de 2019 à 2025, le tarif moyen d’une voiture électrique neuve a d’abord suivi une courbe ascendante avant d’amorcer un repli notable. Après un pic à 40 700 € en 2024, il est redescendu à 39 000 € en 2025, soit une diminution de 4 % en l’espace d’un an. Si l’on compare au niveau de 2019, la hausse cumulée ne dépasse pas 7 %, un chiffre bien en deçà d’une inflation générale qui, elle, a flirté avec les 19 % sur la même période. Du côté des hybrides rechargeables, la correction est encore plus marquée, avec un recul de 10 % entre 2024 et 2025. Les modèles full hybrides enregistrent également des baisses modérées, de l’ordre de 1 % puis 4 %.
En face, les motorisations à combustion ont emprunté une trajectoire radicalement opposée. Sur ce même intervalle 2019‑2025, le prix moyen d’une voiture essence a grimpé de 29 %, tandis que celui du diesel progressait de 18 %. Le contraste est saisissant : l’électrique se stabilise, voire recule, quand le thermique continue son ascension tarifaire sans discontinuer. L’une des clés de cette évolution réside dans le coût de fabrication des batteries, qui s’est littéralement effondré, passant de 180 €/kWh en 2019 à 90 €/kWh en 2025. Cette division par deux du coût de la cellule énergétique permet désormais aux constructeurs de pratiquer des prix de vente bien plus compétitifs, notamment sur les modèles destinés au grand public.
Électrique vs thermique : les segments où la donne se renverse
Le segment B, celui des citadines polyvalentes, concentre l’essentiel des volumes écoulés sur le marché français. En 2025, une citadine électrique s’affiche en moyenne à 32 700 €, quand son équivalent thermique se négocie autour de 27 500 €. L’écart demeure de 5 200 €, mais il a été divisé par deux en l’espace d’un an, témoignant d’un rattrapage particulièrement rapide. L’arrivée de modèles taillés pour la compétitivité tarifaire, comme la Renault 5 électrique et la Citroën ë‑C3, joue un rôle déterminant dans cette dynamique. À elles deux, ces petites électriques accessibles ont déjà capté 3,3 % des immatriculations de véhicules particuliers neufs en 2025, une part non négligeable.
Sur les autres catégories de véhicules, les écarts tarifaires entre électrique et thermique restent variables selon la taille du modèle. En segment A, celui des mini-citadines, l’électrique demeure relativement onéreuse à 25 700 €, face à une thermique à 18 100 €. En segment C, les compactes électriques gravitent autour de 42 400 €, contre 39 500 € pour leurs homologues à combustion. Le segment D, celui des grandes familiales, présente quant à lui une situation inédite. Une familiale électrique y est proposée à 47 900 €, quand la version thermique comparable atteint 51 000 €. C’est la première fois que le baromètre identifie une inversion claire et nette en faveur de l’électrique sur un segment de cette envergure, un signal fort pour les années à venir.
Coût au kilomètre et dispositifs d’aide : le thermique perd progressivement son avantage
Le prix affiché sur la carte grise ne constitue pourtant qu’une partie de l’équation ; l’autre, tout aussi déterminante, c’est le coût total de possession (TCO). L’Institut Mobilités en Transition le rappelle avec des chiffres parlants : au kilomètre parcouru, une électrique revient plus de trois fois moins cher qu’une thermique de catégorie comparable. Concrètement, il faut compter entre 2 et 4 € d’électricité pour parcourir 100 km, contre 8 à 12 € de carburant pour une motorisation essence ou diesel. Ramenée à 15 000 km annuels, la différence représente environ 900 € d’économies sur le seul poste énergie. Une étude européenne portant sur cinq ans et 12 000 km par an confirme d’ailleurs que l’électrique se révèle financièrement plus avantageuse dans trois quarts des situations analysées.
À cet avantage sur le carburant s’ajoutent les dispositifs d’aide publique, qui viennent encore modifier la balance dans la comparaison entre voiture électrique et thermique. Le bonus écologique peut représenter jusqu’à 4 000 € pour l’achat d’un véhicule électrique neuf, et se cumule avec une éventuelle prime à la conversion. Sur une citadine de segment B, ces aides combinées permettent d’effacer une grande partie des 5 200 € d’écart encore visibles au catalogue. Le baromètre pointe enfin un bénéfice collatéral de cette montée en puissance du véhicule électrique : elle profite directement au tissu industriel français. Alors que les modèles thermiques fabriqués en France ne représentent plus qu’environ 11 % des ventes, les électriques tricolores revendiquent une part de marché de 27 %, un rapport qui illustre le virage engagé par les constructeurs nationaux.













